NAITRE ET GRANDIR SUR LA PLANETE : INEGALITE DES CHANCES
Congrès des sociétés de pédiatrie
LYON – Samedi 17 juin 2OO6

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L’ACCES A L’EAU ET A L’ASSAINISSEMENT

Elisabeth Catton

LE CONSTAT
L’eau c’est la vie, ce n’est pas à des médecins que j’apprendrai cela puisque vous savez probablement mieux que moi que le corps humain et composé à 80% d’eau, que l’on ne peut survivre à 3 jours voire même moins par grande chaleur de privation d’eau.
C’est également de l’eau qui a permis l’apparition de la vie sur terre et qui permet que cette vie s’y maintienne. C’est d’elle dont dépendent les activités humaines telles que l’agriculture, le développement industriel et domestique. C’est encore l’eau qui conditionne la lutte contre la pauvreté à laquelle tous les Chefs Etats du monde se sont ralliés en adoptant lors du sommet du millénaire des Nations-Unies les objectifs de développement du millénaire.
L’eau c’est la vie mais c’est également la mort qui survient avec les grandes catastrophes naturelles : le tsunami de l’océan indien en 2004, les cyclones qui se sont abattus sur les caraïbes, les Etats-Unis et l’Ouest du Pacifique en 2004 et 2005, les inondations répétées en Europe Centrale et Orientale plus particulièrement mais aussi les grandes sécheresses qui ont frappé le Niger, le Mali, l’Espagne et le Portugal.
L’eau joue aussi un rôle social structurant pour nos sociétés. Elle possède caractère sacré, célébré dans de nombreuses cultures. Elle peut aussi être source de tension, de peine et d’exclusion de l’éducation pour des centaines de million d’enfant et de femmes qui consacrent chaque jour de nombreuses heures de leur journée à la quête de l’eau. Enfin l’eau est source d’exil et de deuil pour les familles qui perdent l’un des leur du fait d’une de ces trop nombreuses maladies hydriques, qui coûtent la vie chaque jour à 25000 personnes et à 9 millions d’être par an.
Tous ces éléments nous montrent que mettre l’eau en tête des préoccupations mondiales n’est pas un luxe, c’est une nécessité impérative, une question de survie de l’humanité. Ce doit être le problème des hommes et femmes politiques mais ils ne peuvent y faire face seuls, ce doit être le problème de tous car il est trop important pour le laisser dans la main de quelques uns et il nécessite que tous les utilisateurs de l’eau aient conscience de l’empreinte que laisse leur consommation et leur dégradation de cette richesse.

L’accès à l’eau pour tous est est-il possible et à quelles conditions ?


L’eau est abondante mais l’eau douce ne représente que 2,5% du total de l’eau présente sur terre et il faut compter dans cette ressource l’eau des glaciers et de la couverture neigeuse, le socle de l’Antarctique dont on peut malheureusement déplorer l’érosion. Reste donc d’utilisable l’eau des lacs, des fleuves et les nappes phréatiques mais pas toute représentant 1% au total de l’eau douce. (VOIR DIAPO)
L’eau est abondante mais elle est inégalement et irrégulièrement d’une année ou d’une saison sur l’autre répartie sur la terre (VOIR DIAPO)
Par exemple dans la région de la méditerranée et l’ensemble proche oriental la disponibilité varie de 40 litres à 400 litres par jour par habitant voir plus (La France, la Turquie, l’Italie, l’ex-Yougoslavie cumulent les 2/3 des ressources D’autres pays tels que Malte, Gaza, la Jordanie, la Libye sont en dessous du seuil de pénurie (moins de 500 m3/an/habitant). Le triangle de la soif de Gibraltar à la corne de l’Afrique et jusqu’au Pakistan soit plus d’un demi-milliard d’habitants et un stress hydrique fréquent allant jusqu’à la pénurie- Exemple de l’Amérique du Sud et le contraste entre la zone couverte par l‘Amazone qui draine 15% de la ressource mondial en eau douce et le Nord-est du Brésil qui souffre de sécheresse. En Chine, l’eau est gelée plusieurs mois par an au Nord, l’Ouest est caractérisé par la désertification et le sud par un climat tropical.
Ensuite, la présence physique de l’eau ne signifie pas que les hommes vont pouvoir la boire facilement et sans risque comme nous sommes habitués à le faire depuis que nos grands-parents, voir nos arrières grands-parents pour les plus jeunes d’entre nous l’ont fait couler dans nos cuisines puis dans nos salles de bain.
Autre préoccupation, les changements climatiques qui génèrent ici la sécheresse, là les pluies torrentielles quand ce n’est pas les deux au même endroit d’une saison à l’autre.
Nous devrons apprendre à vivre avec mais l’adaptation sera longue et coûteuse ce qui ne sera pas sans conséquence sur les financements qui pourraient être consacrés à l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous.
Nos difficultés ne s’arrêtent pas là car nous n’avons pas encore parlé des conséquences de certaines de nos activités sur l’état de l’eau, je veux parler de la pollution, la pollution marine, les effluents agricoles qui endommagent parfois des bassins hydrographiques entiers, les rejets industriels mais aussi l’absence d’épuration de villes et de mégapoles qui rendent encore plus vulnérables les conditions de vie des zones rurales avoisinantes.
Autre grande préoccupation, la croissance démographique de notre terre (en 1830 nous étions 1 milliard d’être humain sur la terre, un siècle plus tard nous étions 2 milliards, 40 ans après un milliard de plus et au cours de ces 12 dernières années ce sont à nouveau 3 milliards d’individus qui sont venus peupler la planète et plus particulièrement les villes).
Conséquence sur l’eau : alors que la population double, la consommation d’eau se multiplie par 3, sans compter avec les conséquences sur la pollution inévitable corollaire de l’urbanisation et corollaire.
Une préoccupation récente révélée par la FAO, la contamination par l’arsenic de certaines nappes phréatique dont la toxicité se révélerait non seulement dans l’eau de boisson mais également à travers les cultures irriguées par cette eau.
Enfin autre menace, les nombreux conflits entre les hommes dans lesquels la maîtrise de l’eau, voire la main mise sur l’eau peut constituer une arme redoutable.
Voilà pour le constat global

Revenons maintenant à cette inégalité qui nous préoccupe, qui vous préoccupe, puisque nombre d’entre vous ont décidé de s’engager au sein de l’association Pédiatre du Monde pour mettre vos compétences au service de ceux qui sont nés dans des pays et des conditions où la vie et la survie est une lutte quotidienne.
En effet, les hommes et les femmes naissent inégaux en droit face à l’accès à l’eau (tableau des consommations) et cette inégalité est lourde de conséquence sur les aspects essentiels de leur vie qui vont leur permettre de se développer.
C’est ce constat particulièrement sévère en Afrique Sub-saharienne qui , je vous l’ai dit précédemment, a conduit les Etats membre de l’ONU a définir lors Sommet du Millénaire des objectifs de développement pour focaliser l’attention et, en proposant des incitations recentrer l’action sur des questions vitales. Ces objectifs, assortis de dates sont au nombre de 8 sont destiné à accélérer l’atténuation de la pauvreté et de la faim au profit du développement socio-économique. L’un d’entre eux, l’objectif 7 porte sur la garantie d’un environnement durable et l’eau est au cœur de cet objectif puisque la salubrité des écosystèmes d’eau douce est essentiel à la conservation de la biodiversité et au bien-être humain. Il a donc été décidé de réduire d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau de boisson salubre (1,1 milliards de personnes pour mémoire) . A cet objectif a été ajouté lors du Sommet du développement durable de Johannesburg en 2002 un objectif similaire concernant l’accès à un système d’assainissement puisque l’assainissement (collecte et traitement des eaux usées et pluviales) est indispensable à la santé. Cette mesure touche 2,6 milliards de personnes.
Cet objectif 7 prévoit également de réussir d’ici à 2020 d’améliorer sensiblement la vie d’au moins 100 millions de personnes qui vivent dans des taudis.
Atteindre cet objectif sur l’eau et l’assainissement est vital car ses conséquences vont au delà de la seule garantie de l’eau. Si on ne l’atteint pas, on limite les chances d’atteindre les autres objectifs qui portent sur :
-Réduire l’extrême pauvreté et la faim : l’eau est un facteur de production dans pratiquement toutes les entreprises (agriculture, industrie, service).
L’amélioration de la nutrition et de la sécurité alimentaire réduit les risques d’extension des maladies.
L’accès à l’électricité est indispensable à l’amélioration de la qualité de vie et au développement économique.
-Assurer l’éducation primaire pour tous : l’accès à l’eau potable et à l’équipement de toilettes des écoles favorise la scolarisation des enfants et notamment celle des filles.
-Améliorer la santé maternelle : un approvisionnement suffisant en eau propre destinée à l’hygiène lors de l’accouchement diminue le nombre d’infections mortelles.
-Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autre maladie : approvisionnement en eau et assainissement réduisent les risques de propagation et la gravité de ces maladies
-Enfin réduire la mortalité infantile : L’état de la santé humaine est en effet inextricablement liée à un ensemble de conditions propres aux ressources en eau : la potabilité de l’eau, des systèmes d’assainissement adéquat sans lesquels on n’obtiendra pas la salubrité des écosystèmes d’eau douce et le recul des maladies liées à l’eau : diarrhée, malaria, bilharziose, dengue, le trachome mais aussi le choléra.
Quelques chiffres illustrent bien cette réalité : chaque jour 4500 enfants meurent à cause de la contamination de l’eau.
En 2002 les maladies diarrhéiques et la malaria ont fait respectivement 1,8 et 1,3 million de morts dans le monde. Les victimes étaient presque tous des enfants de moins de 5 ans.
La diarrhée demeure la première cause de mortalité de mortalité due à une maladie hydrique chez l’enfant. Dans les pays en développement elle compte pour 21% de la mortalité totale des enfants de moins de 5 ans. La proportion des décès due persistantes et à la dysenterie est en augmentation. Il a été démontré que 1,7 million de décès pourraient également être évités chaque année en fournissant un accès à l'eau potable, à l'assainissement et à l'hygiène. La mesure la plus efficace serait de se laver les mains avec du savon, ce qui réduirait de moitié le nombre des décès dus à la diarrhée.
Voilà très brièvement résumé l’état de la planète en eau
Un état contrasté avec des motifs d’inquiétude mais aussi d’espoir car nombreux sont ceux , dont vous, qui se mobilisent face à cette crise de l’eau.

ALORS QUE FAIRE ?
Et que fait le Conseil Mondial de l’Eau, que peuvent faire et que font les responsables de l’eau, les consommateurs d’eau et que pouvez-vous faire et comment ?
Le Conseil mondial de l’eau, qui fédère environ 350 organisations qui, à un titre ou à un autre, interviennent dans le domaine de l’eau, représente plusieurs millions de professionnels privés et publics, nationaux ou locaux répartis dans environ 80 pays dans monde. Ils se sont fixé pour but d’élaborer une POLITIQUE MONDIALE DE L’EAU au travers de nombreuses actions et notamment le FORUM MONDIAL DE L’EAU dont le dernier vient de se tenir à Mexico en Mars 2006. Ces discussion, ces rencontres alimentées pas un travail de fond animé par l’équipe permanente du Conseil, ont pour vocation de faire accepter, tant par les décideurs que par le grand public que l’eau est un grand sujet de notre siècle, qu’il est nécessite une prise de conscience généralisée et que tous, les moyens nécessaires doivent être mis en œuvre pour que cessent ces situations d’inégalité et d’insuffisance.


Nous allons devoir modifier notre rapport à l’utilisation de l’eau, gaspiller moins et consommer moins. Un trop grand nombre d’entre nous ne sont pas conscients des difficultés qui attendent notre planète. Il est donc urgent d’informer, de former aussi les nouvelles générations à une nouvelle culture de l’eau, à prendre en compte systématiquement dans toutes les politiques d’aménagement et les politiques économiques la dimension eau.
Il va falloir agir aussi sur l’état des réseaux d’eau, lutter contre les fuites (à titre d’exemple voici quelques chiffres intéressants sur les taux de fuite moyen de quelques grands pays : 19.2 % en Angleterre, 26.4 % en France, 7.3 % en Allemagne et 58% Italie du Sud). Il va falloir lutter contre les pollutions industrielles, agricoles, développer et rénover les systèmes d’assainissement. Il va falloir développer la recherche technique mais ne pas chercher à imposer des solutions coûteuses et sophistiquées au détriment d’une incitation à l’émergence de solutions adaptées aux contextes économiques, aux cultures et aux savoir-faire traditionnel de nombreux pays dits en développement. Il va falloir peut-être un jour dessaler l’eau et envisager des transferts d’eau à grande distance par l’aménagement des fleuves, des canaux, voir des pipe-lines interrégionaux ou intercontinentaux. Mais avant d’envisager ces solutions coûteuses et parfois contraires aux principes du développement durable, il faut créer les conditions d’un dialogue entre les différents usagers de l’eau pour qu’ils s’entendent sur une gestion raisonnée de l’eau, sur une répartition qui mette le développement humain et l’indispensable protection de la nature au cœur des débats.
En termes de santé il va falloir fixer des objectifs de santé publique à atteindre à travers la qualité de l’eau et définir des indicateurs d’impact sanitaire pour en mesurer l’effectivité. Il conviendra également de progresser dans l’analyse économique des enjeux « eau et santé » pour prendre en connaissance de cause les décisions relative à l’évolution des normes de qualité des eaux et les investissements à réaliser dans les pays en développement. Enfin les systèmes d’observation et les mécanismes d’alerte et de surveillance des épidémies d’origine hydrique devront être améliorés.
Bien évidemment il faut avant tout maîtriser les pollutions à la source pour réduire l’exposition des consommateurs notamment aux substances à effet perturbateur endocrinien et médicaments et développer la qualité des ressources en eau destinée à la production d’eau potable. De même il faut assurer une meilleure cohérence des actions des différents acteurs des domaines de l’eau.

Revenons au Forum de Mexico


Il a rassemblé plus de 10 000 personnes venus du monde entier et était consacré à l’action locale face au défi global de l’eau.
Qu’a-t-il apporté ?
Il est encore trop tôt pour en tirer un bilan exhaustif à la hauteur de la masse des échanges d’expérience qui y ont eu lieu, des actions qui y ont été partagées, des initiatives qui y ont été lancées, de la richesse des contacts humains qui s’y sont développées de leurs conséquences inestimables. On peut toutefois mettre en avant quelques éléments qui risquent d’être d’importants vecteurs de changement dans l’avenir.
- Tout le monde s'accorde désormais sur l'existence d'un droit de l'homme à l'eau, ce qui n'était pas le cas il y a encore 2 ans. Les nombreux débats ont permis de clarifier la notion de droit à l’eau. (Cf. rapport le droit à l’eau : du concept à la mise en œuvre), un dialogue sur les conditions de sa mise en œuvre s’est instauré et nombreuses ont été les importantes organisations, les Etats, les collectivités locales, les parlementaires présents aux Forum qui ont revendiqué son application effective. Mettre en œuvre le droit à l'eau , c'est contribuer à la réalisation d'autres droits de l'homme tels que le droit à la vie , le droit à un logement adéquat ou le droit à la santé. Même si plusieurs Etats ont déjà inscrit ce droit dans leur Constitution, il faut que cet effort se poursuive. Un cadre juridique associé à une volonté politique et l'allocation de moyens financiers et humains sont les facteurs clés pour faire progresser sa mise en œuvre.
- La reconnaissance de l’importance de l’eau et de l’assainissement comme vecteur de lutte contre la pauvreté et de développement socio-économique a progressé. (on estime qu’un investissement de 1$ pour améliorer l’eau et l’assainissement peut générer un bénéfice de 3 à 34$ liés notamment au temps gagné et utilisé pour d’autres activités et à l’impact sur la santé et ses conséquences sociales et économiques)
- La question du financement nécessaire à cet accès de tous de l’eau a été approfondie (cf rapport de la task force Gurria : développer l’accès aux finances pour les gouvernements locaux et l’agriculture). Des propositions concrètes ont été faites, fondées sur un vrai travail d’analyse des contraintes et des solutions possibles élaborée en réunissant autour d’une même table les bayeurs de fonds internationaux et des représentant des collectivités locales auxquelles il revient en premier chef de donner à tous les citoyens de leur territoire l’ accès à une eau saine et à garantir leur santé grâce des équipements sanitaires dignes de ce nom,.
- Le rôle essentiel des collectivités locales, au plus proche des habitants, a été reconnu . C’est important car cette reconnaissance est venue des Etats mais aussi des parlementaires et l’on peut espérer que ces derniers en tireront les conséquences en votant des lois qui leur donneront les moyens institutionnels, financier, techniques pour faire progresser véritablement l’accès du plus grand nombre à ces services essentiels.
- La problématique du genre et notamment l'importance du rôle des femmes dans la gestion de l'eau et ses conséquences sur la santé a été l'objet d'une prise de conscience et de démonstrations fournies dans de nombreux cas présentés dans les différents ateliers. Le Secrétaire Général de l'ONU, plusieurs ministres, les lauréats des prix d'eau ont tous fait référence à l'importance de donner aux femmes, très largement gérantes de l'usage quotidien de cette ressource, le pouvoir de décision concernant sa gestion au niveau local. Cette problématique est étroitement lié à l'éducation: la corvée de transporter l'eau prive les filles de l'accès à l'éducation, ainsi que l'insuffisance d'assainissement dans les écoles. C'est à travers des programmes d'éducation liée à l'eau et à l'assainissement que les populations locales pourront elles-mêmes éradiquer la pauvreté et régénérer leur environnement.
- La notion de solidarité a été largement débattue pour que l’insuffisance de revenue ne soit pas un obstacle à recevoir tous les jours la quantité nécessaire à une vie digne. Cette question concerne bien sûr les pays pauvres mais aussi les pays riches. En effet, en Europe 41 millions de personnes n’ont encore pas accès à l’eau potable et 85 millions manquent de systèmes d'assainissement avec toutes les conséquences en terme de maladies hydriques, d’hépatites A, de fièvre typhoïde et de diarrhées. Des initiatives intéressantes ont été lancés parmi lesquelles une émanent de la France qui s’est dotée récemment d’une loi (Loi OUDIN-SANTINI) qui permet aux collectivités locales qui le souhaitent de consacrer 1% de leur budget eau/assainissement à des opérations de solidarité internationales dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. Une telle initiative généralisée à la France pourrait dégager annuellement 100 Millions d’€, développée au niveau de l’Europe, elle mobiliserait environ 650 M d’€ et enfin, étendue à tous les pays de l’OCDE, ce sont 2 milliards d’€ qui pourraient abonder les 9 à 30 milliards de $ estimés nécessaires au niveau de l’humanité pour que la moitié seulement de l’humanité qui n’a pas accès à l’eau potable et à l’assainissement puissent y avoir accès en 2015. Voilà pour les éléments positifs qui sont malheureusement contrebalancé notamment par des problèmes alarmants parmi lesquels l’insuffisance d’investissement dans le secteur de l’assainissement. Entre 1990 et 2002 le taux d’accès à l’assainissement est seulement passé de 49 à 58%.

Et vous dans tout cela ?
Quelle action pouvez-vous avoir en tant que médecin et en temps que citoyen ?


Vous pouvez agir dans votre pratique quotidienne en informant vos patients sur les risques liés à l’eau. L’information sur les risques d’origine hydrique doit en effet être intégrée dans une approche globale concernant l’éducation à l’hygiène, l’accès un service d’eau potable de bonne qualité n’étant pas suffisant à la prévention de nombreuses maladies, en particulier à transmission féco-orale.
Il est intéressant de savoir que selon un sondage effectué par la SOFRES en 2004, si les pouvoirs publics sont désignés comme ayant le plus grand devoir d’informer sur la qualité de l’eau, ils sont en revanche placés en dernière position concernant leur crédibilité. Inversement les associations de consommateur et les médecins recueillent le plus grand crédit (87% et 84%) alors qu’ils ne sont pas perçus comme ayant un devoir d’information (2% et 3% respectivement).
Vous pouvez contribuer à mieux cerner quels sont les impacts sur la santé d’une mauvaise qualité de l’eau et d’une absence d’assainissement et à contrario les effets positifs liés à l’amélioration de ces système.
Vous pouvez agir auprès de vos associations et des pouvoirs publics de la santé pour qu’une priorité soit donnée à la question de l’eu et de l’assainissement. Vous pouvez agir en tant que citoyens en économisant l’eau et en encourageant vos élus municipaux à utiliser les nouvelles possibilités que leur offre la loi OUDIN pour s’engager dans des actions de solidarité avec d’autres communes situées dans des régions du monde où l’accès à l’eau et à l’assainissement ne va pas de soi comme chez nous.
Enfin, vous pouvez vous-même et vous le faites pour beaucoup d’entre vous, vous engager en participant activement ou en finançant des projets d’accès à l’eau et à l’assainissement. Michel BARDAINE m’a transmis pour information le projet que l’association PDM conduit dans la province de Siem Reap au Cambodge. J’ai été très impressionnée par les résultats auxquels vous êtes parvenus mais j’ai surtout apprécié les principes qui guident votre action : la mise en œuvre d’une convention de partenariat avec les autorités nationales et locales, le souci d’associer les bénéficiaires du projet à sa conception, sa réalisation et son suivi avec toutes les conséquence en terme de formation, d’acceptation du prix à payer et de pérennité du projet. Vous n’avez pas oublié l’évaluation en choisissant des indicateurs pertinents, vous n’avez pas oublié l’assainissement enfin vous communiquez avec les acteurs du projet et rendez donc compte en toute transparence de l’utilisation des fonds qui vous ont été donnés. Ce sont les ingrédients d’une bonne gouvernance, cette même bonne gouvernance sans laquelle nous n’avons aucune chance de surmonter la crise de l’eau.
Il me reste à vous remercier de votre attention. Nous n’avons évidemment fait qu’effleurer le sujet. Pour ceux qui veulent en savoir plus, le Conseil Mondial de l’Eau est bien sûr à votre disposition pour avancer avec vous.
Je vous laisse également quelques adresses de sites internet où vous trouverez certainement réponse à beaucoup de vos questions.
Continuer votre action, elle est essentielle car elle touche les enfants auxquels vous avez choisi de consacrer de nombreuses heures de votre vie. Souvenons nous ensemble que nous n’avons pas hérité de nos parents du monde dans lequel nous vivons mais que nous l’empruntons à nos enfants.
Je vous remercie.

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