Enfants des rues
Analyse de situation au Maroc

Dr Najat M’Jid

Pédiatre - Casablanca
Fondatrice de l’association Bayti
bayti@casanet.net.ma
http://www.bayti.net

Enfants des rues : analyse de situation au Maroc
Revue : Le Pédiatre - Tome XLI - N° 211

Enfants de rues : définition et statistiques

Le terme “enfants des rues” englobe les enfants vivant dans les rues et privés du soutien et de la protection familiale.
Pour l’ensemble du Maroc, on estime à 14 000 le nombre d’enfants en situation de rue.

Ville ...............Moins de 9 ans............. 10 – 14 ans .............15 – 18 ans ...............Total
Marrakech .........217 ....35.15 % .............171. ..28.22 % ..........218 ...35.97 %............. 606
Safi ....................793 ....34.15 % .............985 ...42.42 % ..........544 ...23.43 % ..... ....2 322
El Jadida ............132 ....26.19 % ............182 ...36.11 % ..........190 ...37.70 %.............. 504
Beni Mellal .........598 .....35.47 % .......... .547... 32.44 % ..........541 ...32.08 % ..........1 686
Tanger / Assila ..121 .....24.69 % ......... .239 ....48.78 % ..........130 ....26.53 % ............490
Tétouan ..............10..... 16.67 % .............23..... 38.33 % ............27 ....45.00 % .............60
Fes ...................272 .....16.00 % ............867 ....51.00 % ..........561.... 33.00 % .........1 700
Meknes .............449..... 31.80 %.............473.... 33.50 %......... 490.... 34.70 %.......... 1 412
Casablanca .................................................................................................................5 430

Étude faite par le Secrétariat d’État chargé de l’Enfant, la Femme et la Famille, en partenariat avec les autorités locales en 1999. 

Facteurs déterminants qui poussent les enfants à vivre dans la rue

Urbanisation anarchique
Une urbanisation alarmante qui, conjuguée au phénomène d’exode rural, surcharge des agglomérations non préparées à recevoir un tel afflux de population. En découle l’accroissement rapide des bidonvilles, dans les zones périurbaines dépourvues d’équipements de base en matière d’hygiène et d’assainissement et de services sociaux.

Mutations de la famille marocaine
Les parents, victimes de pauvreté, en situation de survie, sont démissionnaires, ne savent plus jouer leur rôle. Le fatalisme aidant, ces parents baissent les bras, résignés, attendant une assistance de l’Etat- Providence. Plus alarmant, l’enfant représente très souvent la seule source
de revenus pour une famille qui ne cesse de croître dangereusement. Le statut du père change ; il se dépossède peu à peu de son autorité parentale, du fait de la perte de son statut essentiel de “pourvoyeur de fonds” de la famille.
Ayant de plus en plus de mal à s’imposer par le verbe, il use de violence ou encore baisse les bras. Les liens affectifs sont difficilement palpables. L’acte éducatif repose essentiellement sur les châtiments corporels voire de réelles tortures.
Des familles disloquées, fragilisées
Divorce ou tout simplement abandon du domicile conjugal par l’époux : femme et enfants sont livrés à eux-mêmes, sans aucune pension alimentaire.
Remariage d’un des parents, la nouvelle épouse martyrisant sans répit l’enfant renégat.
Mères célibataires : paria de la société marocaine, qui entraînent leurs enfants dans leur marginalisation.
Adoptions sauvages : le jeune découvrant en pré-adolescence ses vraies origines. Il n’a souvent aucun statut légal, ne possédant pas d’état civil.
Orphelins de père, de mère ou des deux, élevés charitablement par un parent, qui ne cesse de le leur rappeler. Parfois, placés dans un orphelinat, ils fuient car ne supportent pas la qualité de vie fournie.
Alcoolisme et toxicomanie paternels.
Prostitution maternelle.
Délitement du concept communautaire et de la solidarité collective.
Absence d’alternatives, de relais
La défaillance d’alternatives est une des causes et non des moindres, de l’exclusion des enfants. Parmi celles-ci, nous pouvons citer : l’école, l’enseignement préscolaire, le troisième temps.
L’école publique. Son accès, malgré la gratuité, n’est pas donné à tout le monde : le coût des fournitures scolaires, des vêtements, représente une barrière pour bon nombre d’enfants. L’infrastructure scolaire est souvent rudimentaire.
Dans le milieu rural, l’école est souvent difficile d’accès. D’où le faible taux de scolarisation des filles. Par ailleurs, l’enseignement dispensé a vu sa qualité, dépérir au fil des années. Les diplômes sont très souvent en inadéquation avec le marché de l’emploi. L’école n’est plus vécue comme un moyen de promotion sociale. La réforme de l’enseignement démarre lentement (Charte Nationale d’Education et de Formation). De nombreuses ONG sont actives dans le domaine de l’alphabétisation et de la scolarisation de la petite fille dans le milieu rural. Pour enrayer l’abandon scolaire, un système d’éducation non formelle a vu le jour.
L’enseignement préscolaire est privé et donc inaccessible pour les classes démunies.
Le troisième temps : archaïque ou inexistant dans les quartiers surpeuplés
Le travail des enfants
Le très faible niveau socio-économique des familles oblige les parents à engager leurs enfants dans le travail à des âges précoces. Il est à noter, que l’initiative de travailler vient parfois de l’enfant qui démarche seul les divers artisans. L’école ne représentant pas une alternative sûre, l’autonomie financière rapide via un emploi, lui permettrait de se prendre en charge et de soutenir sa famille. Malheureusement, ce soi-disant apprentissage est une véritable exploitation de l’enfant. Les petites filles, elles, sont placées comme “petites bonnes”.
Le code du travail a récemment été adopté, interdisant le travail des enfants de moins de 15 ans. Des programmes de lutte contre le travail des enfants ont été initiés ces dernières années : sensibilisation des employeurs, spots télévisés, affiches, alphabétisation des “petites bonnes”.

Réalisations gouvernementales

Sur le plan législatif
Le Maroc, en 1993, a ratifié la Convention des Droits de l’Enfant.
En vue d’une harmonisation des textes de loi nationaux avec les diverses conventions et protocoles internationaux ratifiés, le nouveau code de procédure pénale a été adopté, en 2002. Cette révision comprend un axe spécifique portant sur la réforme et une nouvelle organisation de la justice des mineurs. Dans le cadre de cette réforme, l’accent est porté particulièrement sur la protection du mineur délinquant (art. 512 à 517) , du mineur victime de criminalité (art. 510-511), du mineur en situation difficile exposé à la délinquance (art. 512-517).
Les mesures nouvelles apportées sont la majorité pénale à 18 ans, un juge d’application des peines, un officier de police judiciaire chargé des mineurs, la “rétention” des mineurs et non la garde à vue, l’irresponsabilité pénale avant
12 ans, accompagnée de mesures de protection ou de rééducation (art. 458) ou l’admonestation ; l’irresponsabilité pénale incomplète entre 12 et 18 ans, avec des mesures de protection ou de rééducation et des peines atténuées (art. 458), admonestation ou amende ; la “délinquance” à partir de 18 ans révolus ; l’obligation d’aviser les parents ou les tuteurs du mineur dès son interpellation (art. 460) ; l’assistance légale du mineur (art. 510) ; la présomption d’innocence ; la possibilité de surseoir au placement via une transaction entre le mineur délinquant et la victime (art. 41) ; un système de
liberté surveillée (établissement d’éducation ou de formation, public ou privé, foyer…) supervisée par le délégué à la liberté surveillée (art.496-500); en attente du jugement : placement possible dans un établissement public, privé ou ONG reconnue (art. 471) ; enfin, des mesures d’intérêt général : alternatives au placement ou à l’incarcération.
En Janvier 2002, le roi Mohamed VI a créé la fondation Mohamed VI pour la réhabilitation et réinsertion des détenus adultes et mineurs placés dans les 16 centres de sauvegarde. Cette fondation a pour mission d’outiller les centres pour une prise en charge humaine et de qualité des mineurs ; maîtriser le cycle prévention, protection, réhabilitation et réintégration des mineurs; élaborer des modalités de suivi pour prévenir les rechutes et consolider les réintégrations.
En 2003, révision des statuts et renouvellement du CCDH (Conseil Consultatif des Droits de l’Homme). En octobre 2003, Moudawana de la
Famille, incluant une quarantaine d’articles sur la protection de l’enfant.
Sur le plan stratégique politique
Enquêtes nationales sur les enfants des rues, les enfants au travail.
Généralisation et accessibilité de l’enseignement.
Programmes d’éducation non formelle au profit des enfants exclus du système formel.
Apprentissage et formation qualifiante.
Campagnes nationales de sensibilisation.
Lutte contre l’habitat insalubre.
Électrification et branchement à l’eau potable des zones rurales. Subventions aux ONG oeuvrant dans le domaine de l’enfance et du développement durable.

ONG et société civile

Des ONG travaillant avec les “enfants en situation de rue” ont vu le jour peu à peu. Elles sont présentes à Casablanca, Safi, Mohammedia, Tanger, Tétouan, Fès, Marrakech, Rabat, Meknès, Essaouira. Il n’y a pas de véritable réseau ni collectif d’ONG. Les relations inter-ONG sont plutôt
informelles.
Conférences sur les enfants des rues, au niveau national
Plusieurs séminaires et colloques ont eu lieu, entre 1996 et 1998, réunissant départements d’État et ONG et portant sur la prise en charge des enfants en situation de rue. En 2001, le plan d’action national sur les “enfants des rues” a été élaboré conjointement avec les ONG. Ce plan n’a pas vu le jour à cause d’un changement ministériel. Les média ont joué un rôle non négligeable : reportage, interviews…
Hot line
Un téléphone vert a vu le jour, en 2000, à l’initiative de l’Observatoire National des Droits de l’Enfant ; mais il ciblait essentiellement les enfants victimes de maltraitance.

Les défis, des obstacles

Pas de politique efficiente en amont : prévention de l’exode vers la rue. Absence de politique de proximité (travailleurs sociaux qualifiés, services sociaux de qualité et accessibles).
Absence d’alternatives innovantes en matière d’intégration. Pas de données exactes sur la situation réelle des enfants vivant dans la rue.
Pas d’approche politique transversale et intégrée de l’Enfance.
Retour d’expériences
Bayti a initié, en 1995, le premier programme “enfants des rues” et a développé, depuis, de nombreux outils, approches et méthodologies.
• Approche innovante : psychosociale, participative, projet, droits, Individualisée, non stigmatisante : enfant acteur de son projet.
• Méthodologie de travail en quatre étapes :
Approche-jeune et analyse holistique de situation.
Elaboration du projet de vie individualisé.
Mise en oeuvre du projet de vie.
Consolidation et suivi du projet de vie.
Développement d’outils spécifiques : identification des typologies-rue, intervention en milieu ouvert, renforcement des compétences (résilience), lecture de parcours, bourses de projet de vie, indicateurs qualitatifs de suivi.
• Développement de partenariats multiples (approche intégrée et plurielle) : Etat (police, justice, santé, éducation…), Privé (formation-insertion emploi), ONG (complémentarité et relais).
• Une expertise reconnue internationalement (échanges, outils) : Tunisie, Cambodge, France, Espagne, Martinique, Sénégal, Mali…
Recommandations
Ces recommandations sont toutes prioritaires et se complètent, faisant appel à l’État, aux autorités locales et à la société civile, selon un cahier de charges et un calendrier d’action.
Prévention.
Politique de proximité : infrastructures et services sociaux de base de qualité.
Politique centrale : budget Enfant ; éducation, formation accessible pour tous, basée sur l’approche par compétences ; lutte contre les inégalités sociales.
Protection. Mesures d’accompagnement de la nouvelle réforme ; formation des policiers, des juges, des éducateurs ; assistance médicolégale gratuite; espace enfants au niveau des structures de police, justice ; codification du circuit pratique d’un enfant
Promotion des Droits de l’Enfant.
Éducation aux Droits au sein des écoles, des média ; campagnes de sensibilisation avec mesure de leur impact.
Réhabilitation, réintégration.
Révision et audit pédago-éducatif des centres et programmes existants ; adoption de l’approche psychosociale et systémique ; création d’alternatives réintégrationnelles innovantes ; élaboration d’outils de suivi : mesure de l’impact des programmes
Participation des jeunes.
Préparation des jeunes à être acteurs ; droit à la parole ; éducation aux Droits et Devoirs ; participation des jeunes à toute politique les concernant ; approche non stigmatisante, non victimisante.
Monitoring.
Suivi de la situation des enfants : ombudsman, observatoire ; base de données ; indicateurs de suivi : qualitatifs et quantitatifs.

Témoignages de jeunes

Nous avons regroupé quelques messages des jeunes pris en charge par Bayti, recueillis à l’issue de focus group et d’entretiens individuels.
Filles
- Mon seul souci c’est d’être inscrite à l’état civil.
- Je ne supporte plus que mes parents se disputent continuellement, cela me pousse à fuir dans la rue.
- J’aimerais continuer mes études.
- Malgré notre pauvreté, j’aime ma famille et je souhaite être une dame acceptée par la société.
- Je veux exercer un métier noble pour mieux éduquer ma petite fille, mais la pauvreté m’incite à me prostituer.
- Je déteste le monde et je veux mourir.
- J’aimerais bien, un jour, partir à l’école.
- Je passe tout mon temps avec les touristes pour subvenir à nos besoins familiaux.
- Je veux que ma famille devienne aisée pour ne plus mendier, ne plus vendre le poisson au port et ne plus me prostituer.
- Je suis lassée de la mendicité avec ma famille, je ne veux plus qu’on me méprise.
- Je ne supporte plus que mon père tabasse ma mère devant moi.
- Je veux être autonome, je ne m’entends plus avec ma famille.
Garçons
- Je déteste le monde, je ne supporte plus le Maroc et je veux le quitter.
- Je souhaite une vie meilleure que celle-ci à ma famille et que mon père ne me frappe plus et qu’on m’aide à poursuivre ma scolarité.
- La société est pourrie de vices, mais il existe des gens de grande valeur.
- Je veux être comme les autres, avoir au moins de quoi me nourrir, poursuivre ma scolarité, être mieux que mon grand frère qui se drogue.
- Rien ne m’intéresse, ni ma famille ni la société, je n’ai aucun avis sur eux. On m’ignore et je les ignore.
- Je déteste être en famille et je veux travailler pour subvenir à mes besoins ou immigrer.
- Je hais tout le monde, je souhaite être une bonne personne acceptée par la société.
- Je ne prête attention ni à la société ni à ma famille, j’ai de la rancune pour la société qui ne m’a pas écouté.
- Je veux un travail qui me distancie du port.
- Mon père était agressif envers moi et, après son décès, ma mère se prostitue en notre présence.
- Le désintérêt de ma mère envers nous m’a poussé à quitter le domicile.
- La société me méprise.
- Je veux poursuivre ma scolarité et je ne veux plus retourner chez le couturier qui a abusé de moi sexuellement ; je pardonne à mon père tout le mal qu’il m’a fait endurer.
- Je ne veux plus travailler, je préfère voler.
- Je veux ma carte d’identité, quitter Essaouira pour aller à Agadir.
- Je veux louer une chambre et exercer un métier stable.
- Dans ce monde il faut être méfiant car il y a toujours une mauvaise foi quelque part.
- J’aimerais, un jour, avoir une grande maison.
- Je n’ai aucune volonté ni une vision de mon avenir.
Ces quelques messages montrent à quel point ces jeunes, quoique très marqués, gardent pour la plupart un espoir de s’en sortir. Certains d’entre eux se sentent rejetés par le système sociétal et véhiculent une haine et une rage contre la société. Mais leur lucidité et leur envie de lutter restent impressionnantes et imposent notre respect.

Bayti a été fondée en 1994 et oeuvre dans le domaine de la réintégration familiale, la réinsertion scolaire et socioprofessionnelle des enfants en situation difficile : enfants des rues, enfants au travail, enfants victimes de sévices, enfants abandonnés, enfants délinquants, enfants exploités sexuellement... Le Dr Najat M'Jid a créé l'association dans un souci d'apporter une réponse à la situation dramatique des enfants qu'elle a vus sillonner les rues, sans but apparent, et vivre dans la rue. Grâce à une équipe multidisciplinaire : éducateurs, assistantes sociales, psychologues, médecins, enseignants, artistes, étudiants, Bayti a mis en place des programmes spécifiques inédits d'intégration sociale de garçons et de filles retirés de la rue : ateliers rue, ateliers pédagogiques personnalisés, soutien scolaire, formation professionnelle adaptée (durée et niveau), insertion emploi, éducation parentale.
Bayti propose aussi la formation d'éducateurs de rue (pour d'autres ONG marocaines et européennes), un programme de partenariat et d'échange entre les jeunes de différentes ONG et Bayti, un programme “mineurs et prison” (préparation à la sortie et prévention des récidives), un atelier de menuiserie (formation originale en partenariat avec Alternatives, au Canada, et l'OFPTT) et un travail sur la migration clandestine en partenariat avec l'Espagne et la France.
Une approche participative, basée sur un réel partenariat, le premier partenaire étant bien entendu l'enfant, est obligatoire pour réussir un programme de réinsertion. La famille, l'école, le secteur professionnel privé, les O.N.G, les structures étatiques sont également partenaires.
La motivation et la pédagogie d'écoute sont les maître mots dans le choix de l'équipe encadrante et la formation réévaluation permanente de l'équipe s'impose.
Tous ces éléments concourent à la réussite d'un tel programme.

Données géographiques et indicateurs socio-économiques du Maroc
------------------------------------------------------------------------------------------------


Régime politique : Monarchie
Capitale : Rabat
Superficie : 710 850 km2
Religion : Islam
Langue officielle : Arabe
Autres langues utilisées : berbère, français, espagnol
Population : 29,1 millions dont 44,1 % de ruraux (2001, projections CERED)
Taux d’accroissement démographique : 1,8 % (39,5 % de moins de 18 ans, 11 % de moins de 5 ans)
Densité : 41 habitants/km2
Taux de fécondité : 2,8 (2,3 en milieu urbain, 3,9 en milieu rural)
Taux d'accroissement de la fécondité : 1,62 % par an (2001, projections CERED)
Espérance de vie : 69,5 ans
Taux d'activité : 52,9 % en 2000 (hommes : 78,8 %, femmes : 27,9 %)
Taux de chômage : 13,6 % (2000, national) 21,5 % (2000, urbain)
Taux d'analphabétisme : environ 48,3 % (hommes : 33,8 %, femmes : 61,9%, urbain : 33,7 %, rural : 66,9 %)
Dépenses sociales (éducation incluse) : 6,1 % du PIB
Taux de pauvreté : 19 % (12 % en urbain, 27 % en rural)
Taux d’urbanisation : 53,2 %

 

Haut du document

Retour Accueil Maroc

Retour Accueil Documentation