Ethique Humanitaire & Sociétés commerciales
Réflexion éthique
Christian Navarro
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Talence le 30 Octobre 2007
L’organisation de missions humanitaires par une société commerciale peut sembler une bonne initiative, mais je ne pense pas que cela soit éthiquement le cas.
On peut espérer au minimum que la société intervienne chaque fois dans la même région, c'est-à-dire ne fasse pas du tourisme humanitaire.
On peut espérer aussi que la dite société invite les mêmes pédiatres à participer à ses missions et qu’elle ne cherche pas à faire bénéficier de ses largesses humanitaires le maximum de médecins, potentiels prescripteurs de ses produits. Cela serait désastreux pour l'efficacité des actions menées.
On peut encore espérer que cette même société assure des missions très fréquentes avec des équipes réduites de 2 à 4 médecins, et ne déplace pas, une à deux fois l'an, l’équivalent d’un charter de pédiatres, comme cela est fait lors de certains congrès ou symposiums.
Le risque me paraît bien grand de cautionner, sous couvert d’aide humanitaire, une opération mercantile.
Pourquoi ne pas conseiller à une telle société commerciale de sponsoriser une aide agricole ou scolaire ou toute autre aide qui n’impliquerait pas les clients de la dite société ?
Un donateur doit –il impérativement récupérer des fruits de son don, autres que des sourires ? Pourquoi est-il compréhensible que je donne de l'argent à Amnesty International et à Handicap International ? Pourquoi serait-il moins logique qu'une Société de lait ou pharmaceutique fasse de même ? A son échelle.
Voir des sociétés commerciales, et certaines pharmaceutiques, financer en tant que partenaires des congrès, réunions ou autres formations de médecins, peut sembler justifié. Ceci est fréquent, banal, et nous le vivons régulièrement lors de nos congrès et de nos formations nationales et locales. L'aide de ces partenaires a même permis à nombre d'entre nous (congrès de Siem Reap grâce à une aide individuelle) de découvrir, puis de participer aux actions humanitaires.
Ethiquement cela peut cependant paraître franchement limite. Comme est tout aussi discutable la fonction des visiteurs médicaux, employés de laboratoires pharmaceutiques, dans nos cabinets médicaux ou hôpitaux. (Il serait plus judicieux de faire appel à un pool de visiteurs médicaux, indépendants des laboratoires pharmaceutiques).
Mais, utiliser l’humanitaire, c'est-à-dire, la misère des autres, "ceux" du tiers monde, les pauvres du Sud, les miséreux des pays en voie de développement, (appelés aussi PMA, Pays les Moins Avancés), pour valoriser la marque commerciale et en avoir des retombées pécuniaires, serait éthiquement désagréable, pour ne pas dire déplacé.
Trouver des justifications pour de telles actions ne serait pas difficile. Il est même possible de faire appel aux personnes bénéficiaires, les faire parler, ces pauvres que l’on va aider, très heureux de recevoir : Et nous les comprenons. Nous comprenons le bonheur de ces personnes d'être soignées, de manger à leur faim, de recevoir une éducation. Pour eux toute aide peut paraître justifiée. (Nous savons qu'avec de discrètes dérives on peut aller jusqu'à justifier, tout à fait légalement des adoptions).
Mais cette aide peut leur être directement adressée et ne pas être encore un moyen supplémentaire pour la belle société du Nord d'accroître ses profits, tout en se donnant bonne conscience.
De nombreuses associations humanitaires fonctionnent avec des moyens limités. Chez PDM les missionnaires, ferment leur cabinet, (le temps de la mission), paient leur voyage, leurs repas, leur hébergement, et ne vendent rien en échange de leurs efforts, de l'aide apportée. PDM se bat pour trouver quelques financements permettant de donner des médicaments, des prothèses auditives, des livres,… et favoriser le travail des acteurs locaux…
Les Sociétés commerciales qui possèdent les moyens de financer leurs grandes messes pédiatriques et commerciales et qui désirent aider autrui, lutter contre la misère, peuvent satisfaire cet amour de l'autre très facilement et sans profit. Si elles sont animées d'un réel et bel esprit d'altruisme, sans arrière pensée commerciale, elles peuvent aider des associations telles que PDM par des dons en nature ou en espèces. Une telle société a promis d'adresser un chèque pour PDM sans contre partie. Ceci est différent d'un attelage Association Humanitaire- Société commerciale. Enfin, la Grande Société du Nord a toujours la possibilité de monter une Fondation qu'elle gèrera plus clairement. |