Humanitaire pourquoi ?
Pourquoi ce choix ?
Et autres questions en suspens !

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Christian Navarro

6 Décembre 2008

 

Il est aisé de comprendre la nécessité des interventions humanitaires et, parmi elles, celles pédiatriques. Ceci est largement développé par ailleurs avec leurs défis, leurs contraintes, les difficultés, les bénéfices, les erreurs et les craintes. Eric Boez a montré également l’évolution  de l’humanitaire (1) depuis sa création, après la bataille de Solferino (2), jusqu’aux interventions actuelles avec notamment la multiplication des conflits et catastrophes, les interactions gouvernementales et non gouvernementales, jusqu'à l’intrication d’actions humanitaires et militaires.(3)
Quant à la place de l'éthique elle est abordée par Michèle Baumann et François Vié Le Sage (4).
Si la nécessité de cette aide humanitaire est facilement admise, les moyens mis en place soulèvent parfois quelques discussions, mais globalement l’ensemble de l’aide humanitaire fonctionne.
Nous essayons ici de réfléchir sur les justifications personnelles ou les motivations de chacun de se lancer dans ces actions humanitaires.

Il est facile de voir tout d'abord que l’action humanitaire représente pour certains un travail, une activité rémunérée qui les fait vivre.(5) L’Humanitaire a maintenant ses professionnels qui possèdent une réelle formation, sanctionnée par des diplômes variés, licences, masters,  couvrant tous les besoins des divers champs humanitaires (6). Pour de nombreux jeunes l'humanitaire est un choix de métier, possible en règle dans de grandes organisations, onusiennes ou non,  internationales ou non,  gouvernementales ou non, médicales ou non.
Nous connaissons un grand nombre de médecins pour lesquels la médecine humanitaire est leur seule pratique. Ces praticiens ont  bénéficié d'une formation complémentaire, par exemple par le CESH (7), sanctionnée par un Diplôme Universitaire. Ces praticiens ne peuvent intervenir que dans le cadre de très grandes organisations capables de leur assurer stabilité et salaire.

Pour d’autres, l’action humanitaire fait partie du contrat de travail, même s’il n’en représente pas l’essentiel. Nous pouvons ranger dans cette catégorie les militaires dont les possibilités et les moyens d’actions humanitaires sont considérables, mais dont la fonction première est bien la guerre, parfois baptisée, c’est vrai, maintien de la paix ou action pour la démocratie. Le mélange des genres est une autre discussion. On peut en dire autant des visées humanitaires de certains grands groupes commerciaux qui utilisent le concept compassionnel pour mieux s'implanter localement en jouant, évidemment, sur le temps.

Pour quelques uns, l'humanitaire peut apporter une valorisation que ne leur procure pas leur activité de base. Cela peut être la recherche d'une parcelle de pouvoir ou le moyen de compenser les insuffisances de leur vie quotidienne à satisfaire leur narcissisme. Il est bien évident que cela se retrouve à tous les échelons de l'humanitaire, quelle que soit l'importance de l'organisation humanitaire, quel que soit le poste tenu, quelle que soit l'action engagée, loin dans un pays étranger ou dans son propre quartier. Nous pouvons même dire quel que soit le statut, professionnel ou bénévole. Il suffit que la personne y trouve son compte dans sa satisfaction narcissique. Il est possible que cela concerne plus les dirigeants d'associations et plus particulièrement ceux de petites organisations. Ce n'est souvent qu'illusion, mais chacun a droit de cultiver ses illusions, tant qu’elles ne portent pas atteinte à autrui : mais nous savons que les dérapages sont faciles et parfois dangereux. L'histoire de l'Arche de Zoé, célèbre par ses multiples dérapages et l'inconséquence des responsables et même des bénévoles de cette association, constitue le parangon de ce qui doit être absolument évité.

On peut aussi mentionner l'importance des associations ayant un ancrage religieux (8) avec un riche passé de colonisateurs refusant aux autres leur statut d'hommes libres ayant une vraie culture. Etonnamment ces ONG sont de plus en plus à l'œuvre aujourd'hui. Nous voyons notamment les très actives associations basées sur l'Islam, et leurs puissantes et riches consœurs américaines chrétiennes se disputer les espaces d'influence.

Pour d'autres "humanitaires", n'entrant pas dans ces premières catégories, il faut chercher d'autres raisons, peut-être d'autres motivations.

Savoir ce qui a déclenché le goût pour "l'humanitaire" n'apporte pas toujours une réponse à la question posée en tête de cet article.
On citera la démarche répondant à l'appel d'un ou d'une amie ou bien les déclics faisant suite à une émission télévisée, à un film, à une rencontre, à un voyage. Nous remarquerons que ces déclics ne surviennent pas n'importe quand dans la vie d'un individu. Ainsi, l'émission télévisée, identique, voire plus dramatique, vue dix auparavant, n'avait rien provoqué. Ou encore, cela fait de nombreuses années que l'amie parle de ses missions et essaie de nous convaincre, et c'est maintenant que nous répondons et l'accompagnons.
Tous ces éléments aussi variés ont certainement leur importance. Ces explications ressemblent en effet beaucoup  à des justifications. Il doit y avoir d'autres raisons, d'autres motivations de faire ce choix de l'humanitaire à ce moment là justement de notre vie ?
La compassion ? Certes, il paraît difficile de s'engager dans l'action humanitaire si on n'a pas envie d'aider autrui, si la souffrance de l'autre nous laisse indifférent, si l'on ne pense qu'à soi. On remarque que dans cette catégorie dont nous parlons, ces "humanitaires" ont toujours présenté ce caractère dans leurs relations à autrui. Compassionnels, ils l'ont en règle toujours été. Mais pourtant, nous savons et disons que dans les actions humanitaires il vaudrait mieux mettre l'émotionnel, le compassionnel de côté.

Le goût du partage est un autre trait de la façon d'être et vivre des humanitaires. Trait qui est tout de même primordial  pour se lancer dans l'aide humanitaire. Et nous approchons peut-être là d'une (ou de la) motivation de l'humanitaire. La connaissance de soi.

Oui, la connaissance de soi en passant par l'Autre. Se découvrir en allant à la rencontre de l'Autre. Et nous pouvons penser que plus l'autre est différent, plus il sera facile de s'exposer, de s'ouvrir, et ainsi de mieux se connaître. Ceci peut expliquer le goût pour les situations extrêmes, la recherche de missions offrant des modes de vie profondément différents de ce qui est vécu le reste du temps, la recherche de cultures éloignées,  de pays lointains.
Nous connaissons ces situations permettant aux secrets d'émerger, de se dire. Parfois près de chez nous. Dans un train, sur le banc d'un parc, à une  table de bistrot, avec un étranger disponible, qui écoute, ne porte aucun jugement, puis poursuit  son chemin, emportant avec lui ces confidences, ne sachant pas souvent ce qu'il a permis ainsi de s'exprimer ou parfois de se révéler.

Notre identité s'enrichit de cette différence entre nous et autrui. Nous avons besoin de cette différence pour mieux nous découvrir et nous grandir. C'est peut-être bien un élément important qui nous amène à nous lancer dans l'action humanitaire.


L'action humanitaire nous rend comptable devant l'Autre. Mais tout ce que nous faisons, nous ne le ferions que pour nous. Dit ainsi, l'altruisme ressemble beaucoup à de l'égoïsme. Il existerait alors deux grandes variétés d'égoïstes : ceux qui  prennent tous les profits pour eux, et ceux qui permettent aux autres d'en tirer aussi des bénéfices. Heureusement que cette deuxième variété d'égoïstes existe !

 

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(1) - Humanitaire et Pédiatrie : Eric Boez : Site PDM/Documentation
Indignes et indigents, de la mission civilisatrice coloniale à l'action humanitaire : Rony Brauman, in La Fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial », Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire (dir.), Ed. La Découverte, Paris, 2005 Voir Site PDM/Documentation

(2) - Village d’Italie. Victoire particulièrement sanglante des Français sur les Autrichiens le 24 juin 1859.
Création par le Suisse Henri Dunant (Prix Nobel 1901) de la Croix-Rouge.

(3) - Le service de santé des armées et les ONG : Laurence Blanchard : http://www.afri-ct.org/Le-service-de-sante-des-armees-et
Interventions armées et causes humanitaires : Richard Brousse : Cultures et conflits n°11 (1993).
Ethique Humanitaire : Christian Navarro :Site PDM/Documentation
Ethique et humanitaire : Jean-Louis Machuron: Site PDM/Documentation

(4) - Ethique et Humanitaire : Michèle Baumann. Françis Vié Le Sage : Site PDM/ Documentation

(5) - L'humanitaire à l'heure des professionnels: Le Quotidien du Médecin du 03/04/2008

(6) - Enjeux et défis de l'humanitaire au XXI siècle :
Pr Dominique Baudon ; Directeur  du CESH
Numéro spécial de la Revue  Médecine tropicale sur « l’Humanitaire » 2002

(7) - CESH : Centre Européen de Santé Humanitaire : http://www.cesh.org

(8) - Humanitaire et éthique: Claude Valentin
Le Pédiatre Tome XLIV n° 227

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