LE CHOIX DE MARIE- ANNE

Ou

ADOPTION EN TRANSNISTRIE

Catherine Salinier
Décembre 98

Suivi du Poème
La vie
Ecrit après la lecture
de cet exceptionnel récit.

Christian Navarro

Il y avait SACHA et il y avait MIHAIL...

Il y a les enfants que l’on a souhaité avoir, ceux que l’on souhaite et que l’on ne peut avoir...
Il y a les enfants abandonnés...
Il y a les lois et il y a le désir ...
Il y a la réflexion mais aussi l’élan irraisonné...
Il y a la pédiatrie et il y a la culture de la ciboulette...
Il y a la France et puis la Moldavie...
Il y a la misère et il y a l’argent...
Il y a la compassion, il y a la corruption...
Il y a la convention de La Haye et il y a la réalité...
Il y a les « c’est formidable ce que tu as fait » et les «  non, tu n’avais pas à cautionner ça »
Il y a les questions et les réponses et surtout les questions sans réponse...
Il y a tout dans la vie , il y a  tout dans le monde : tout et son contraire, tout et son différent, tout et son semblable...

Il y avait MIHAIL Il y avait SACHA,
Il y avait Marie-Anne et il y avait moi , ce jour là .
Il y avait deux femmes : une pédiatre et une cultivatrice de ciboulette,  l’une mère depuis longtemps et l’autre qui voulait l’être...et deux  nouveau-nés abandonnés dans un pays miséreux.

Il était une fois :

Septembre 1998, je pars en Moldavie pour une semaine, seule. Christiane me rejoint  plus tard.

A Roissy, je croise Sophie, qui en revient et qui, rapidement, me donne ma feuille de route, mon ordre de mission pour continuer le travail débuté par l’équipe précédente.
Comme d’habitude des feuilles et des feuilles de choses à faire et à ne pas faire, à moitié faites ou à refaire, à vérifier ou à modifier, enfin c’est comme ça que l’on avance dans l’humanitaire : chacun poursuit, à sa façon, le travail de l’autre sans jamais savoir comment il va s’y prendre.
Et les rencontres à Roissy sont toujours les mêmes : l’un (celui qui revient) soulagé parce qu’il a fait ce qu’il a pu et l’autre (celui qui part) inquiet parce qu’il se demande comment il pourra en faire autant...Et c’est comme ça qu’on avance ...
Mais cette fois-ci, en fin de topo, après la description des consultations à faire, des conventions à signer, des ministres à aller voir, des médicaments à distribuer etc... quelque chose de nouveau : François avait écrit : «  Materner Marie-Anne »
Je demande à Sophie l’explication de cette mission insolite mais il est tard , je dois embarquer et elle me dit simplement «  Marie-Anne veut adopter un enfant, peut-être qu’elle aura besoin de ton aide » et puis, très vite, à la façon Sophie, elle ajoute : « Tu sais, si elle a les yeux qui brillent, c’est pas à cause de la poussière, c’est que, réellement, elle pleure » et le tapis roulant a roulé (forcément) et je n’ai plus vu le bras de Sophie qui me disait « au revoir »....

CHISINAU, trois heures après. A l’aéroport m’attendent nos amis moldaves et, parmi eux, un peu à l’écart,  une grande jeune femme brune, très pâle, des yeux bleus, très clairs , un regard un peu las, inquiet et en même temps ferme et déterminé, un sourire rose pâle, doux , franc mais comme retenu par la prudence, par la méfiance, par l’attente : un sourire en réserve . Et j’ai vu que ces yeux là brillaient beaucoup, qu’il n’y avait pas de poussière dans l’aéroport et donc j’ai su que c’était Marie-Anne et que j’allais l’aider.

Marie-Anne venait d’apprendre  que deux nouveau-nés de 5 semaines étaient abandonnés depuis leur naissance à Tiraspol : certificats d’abandon en bonne et due forme, tous les papiers en voie d’adoption tout à fait légaux selon les lois du Comité d’Adoption International.
Marie-Anne et Gilles, son mari, ont eux-mêmes et depuis de longs mois rempli toutes les démarches et toutes les conditions nécessaires pour prétendre à une adoption internationale et c’est ce même comité qui les a orientés vers la Moldavie.

Elle devait partir dès le lendemain,

Mais :
Tiraspol c’est en Transnistrie et la Transnistrie c’est et ce n’est pas la Moldavie : c’est une enclave Russe en Moldavie absolument illégale pour le monde entier, la Transnistrie a ses lois, ses ministres, sa douane, sa frontière mais rien de tout cela n’est valable passée cette frontière.
Nos amis de là-bas disaient « N’allez pas en Transnistrie cette adoption sera impossible et vous aurez des problèmes ».

Mais :
En Moldavie, il n’y avait pas d’enfant adoptable par Marie-Anne, du moins personne ne lui en proposait.

Mais :
Marie-Anne était déterminée, terriblement déterminée. Le désir d’enfant, le désir en général est souvent une force incoercible qui fait fi de toute mise en garde, de toute prudence.

Mais :
En Transnistrie, il y avait deux nouveau-nés et Marie-Anne avait un accord d’adoption pour un seul enfant .

Mais :
Ces enfants était dits malades. Des enfants sains  doivent attendre 6 mois pour être candidats à l’adoption internationale, six mois dans un orphelinat Moldave...
Marie-Anne avait un accord d’adoption, en France, pour un nourrisson de moins de 6 mois.

Mais :
Peut-être qu’ils étaient réellement malades, parce que la néo-nat moldave....

Mais :
Il y avait là une pédiatre, technicienne de la maladie des nouveau-nés.
Et la pédiatre s’est entendu dire à Marie-Anne :

 « Je vais venir avec toi ..... choisir... » 

Et la pédiatre, c’était moi.... et même maintenant, en racontant,  je frissonne.
Marie-Anne a souri « Sophie m’avait bien dit que tu me le proposerais avant que je ne te le demande. »
Comment fut-ce possible ? Pourquoi fait-on parfois des choses que l’on croit  inconcevables...

CHOISIR un nouveau-né...
en prendre un, l’amener dans un autre pays, faire de lui un enfant adopté et quand on est pédiatre on sait...
et ....laisser l’autre ...le laisser à l’hôpital puis à l’orphelinat puis peut-être à la rue.... et quand on a fait de la pédiatrie en Moldavie on sait... 
On sait ? On se fait croire que l’on sait.

CHOISIR ...
Tout choix est toujours difficile, il y a les arguments qui s’imposent, ceux qui s’opposent, les irréfutables, ceux trop vite écartés qui resurgissent ensuite dans les «  pourquoi pas » et les « si j’avais su », ceux des autres, les siens propres.

Choisir c’est aussi laisser.
Chacun de nous n’a qu’un chemin et ne saura jamais ce qu’il y avait sur le chemin qu’il n’a pas pris...

CHOISIR un bébé...
Quel devait être le chemin de Sacha ? et celui de Mihail ?.. . Ce devait être  ça  le choix de Marie-Anne et Marie-Anne s’en remettait à la technique pédiatrique et moi je me sentais très seule.
On n’a pas fait 25 ans de médecine praticienne à l’hôpital,  en ville et en campagne sans avoir déjà été confronté à l’incroyable, sans avoir entendu l’indicible, écouté l’inavouable, sans avoir participé de très prés ou d’un peu loin à des histoires de vie et de mort que l’on tentait de faire entrer dans le cadre, parfois flou, de la morale et de l’éthique.

Qui étais-je pour aider quelqu’un dans un choix pareil ?
Une femme, une mère, un médecin ou encore une pédiatre ?
Non, j’étais juste moi ... c’est à dire tout cela en même temps et c’est peut-être  beaucoup et ça me paraissait si peu.
J’étais là, j’étais juste moi et Marie-Anne était seule avec son immense désir et cette unique solution et avait besoin de moi… Alors voilà !

Alors voilà :

Nous sommes parties le lendemain matin, à 4 heures, dans la nuit moldave avec une interprète et  une femme de bonne volonté qui avait servi d’intermédiaire pour informer Marie-Anne de ces abandons (où sont les hommes quand il s’agit d’enfantement ?)
La conductrice du taxi avait travaillé toute la journée précédente et la nuit et avait dormi seulement  une heure dans sa voiture devant notre porte.
A peine sortie des lueurs de la ville et engagée sur les routes pourries de la campagne moldave, elle a commencé à lutter contre le sommeil, roulant complètement à gauche, cramponnée à son volant, sortant de temps en temps une main ou le nez à sa fenêtre pour se rafraîchir. J’insistais, très en colère, pour conduire moi-même ce taxi devenu fou, elle restait sourde.
Marie-Anne était encore plus pâle que d’habitude mais encore plus déterminée. ( sans doute faut-il enfanter dans la douleur ! mais moi je ne voulais pas mourir en (ses) couches ! !)
Alors pour tromper notre angoisse (mais était-ce seulement l’angoisse de l’accident ?) nous avons bavardé. Nous avons raconté nos vies : nos maris, ma pédiatrie, sa culture de la ciboulette (chacune sa spécialité), mes trois accouchements, ses innombrables  FIV (chacune son histoire), nos régions, nos maisons et je crois même qu’on a  ri...C’est aussi comme ça quand on est inquiet.

A l’hôpital nous attendait le médecin du service qui avait ces deux enfants « en trop ».
Et nous voilà toutes deux, côte à côte, assises sur un canapé, à écouter l’histoire de chacun de ces enfants.
Le descriptif quoi ! ( en langage édulcoré on dit » l’anamnèse ») et la finalité était le Choix ... surréaliste !

Ne pas réfléchir à cette finalité ! Rester technique, technique !

Mihail :
Mère 27 ans , divorcée, déjà 2 enfants, ( donc accouchement a priori facile).
Enceinte pour celui-ci de son amant lui-même marié ailleurs, d’où la décision tardive d’abandon (grossesse acceptée dans l’absolu mais comment une femme seule peut-elle faire vivre 3 enfants en Moldavie ?).
Est restée trois jours à la maternité avec son nouveau-né et lui a même donné le sein (c’est bien ça, pour les interactions précoces... mais quid de ces interactions en cas d’abandon ? ?)
4200g à la naissance (peut-être donc diabète gestationnel : c’est pas terrible les hypoglycémies néonatales), une intolérance au lait à cause de croûtes dans les cheveux (mon œil, l’intolérance au lait, ne t’inquiète pas Marie-Anne).
Une biologie de démonstration (c’est impossible en Moldavie donc probablement fausse mais tout y est HBS, HIV, BW, Hb parfait ) ...
Il a 5 semaines et pèse plus de 5 kg nourri au bon lait (surtout à la bonne farine !)

Au suivant !

Sacha :
Mère 15 ans (aïe ! primipare à 15 ans : dystocie possible).
Enceinte de son petit ami 15 ans lui aussi ( c’est bien ça : l’enfant de l’Amour ! mais à 27 ans avec son amant n’est-ce pas aussi l’enfant de l’Amour ?).
Grossesse cachée au delà des possibilités d’avortement (on cache une grossesse quand on a 15 ans parce que on la nie ou parce que l’on y tient ? question : interactions hyper-précoces, vécu in-utero ?)
3200g à la naissance. N’a pas été vu par sa mère.
Biologie idem.

Je me disais pour moi seule tout ce que je note ici entre parenthèses et, l’air de rien, j’essayais de sentir ce que pensait Marie-Anne. Au ton de ses questions, à leur contenu, à sa façon de respirer ou de soupirer pendant le récit, à son attention ou à son impatience, j’essayais de comprendre quelle histoire résonnait mieux en elle.

Et c’était l’histoire de Mihail.

Maintenant allons voir les enfants (après le descriptif allons juger sur pièce !)

Une chambre d’hôpital comme en Moldavie (mais plutôt mieux)
Chacun dans un lit, deux nouveau-nés livides (pourtant les NFS !) emberlificotés dans leurs langes douteux et leurs bonnets.
Marie-Anne paralysée à l’entrée de la chambre, je crois que je l’ai un peu poussée, ça me donnait une raison d’avancer.
J’ai pris dans mes bras un enfant au hasard (était-ce au hasard  vraiment ?), je l’ai vite démailloté pour que, mis à part la pâleur, il fasse plus bébé et moins bébé moldave ! ! et je l’ai examiné ( technique, technique) Je lui ai parlé, je lui ai dit que sa mère n’avait pas pu le garder avec elle mais que, s’il voulait, la dame là, à côté de moi, voulait bien lui servir de Maman et je lui demandais s’il voulait bien venir dans un autre pays et courir dans des champs de ciboulette  et il souriait... et il suivait des yeux... et il tenait sa tête .
Je parlais à Mihail mais le discours était aussi pour Marie-Anne, raide à côté de moi ( et moi pas à l’aise du tout mais quand on est médecin, n’est-ce pas, on a depuis longtemps appris à cacher son trouble) et puis tout s’est enchaîné,  tout en parlant d’un ton enjoué : inspection, palpation, auscultation... (technique, très technique) et peu à peu Marie-Anne a bougé, elle a tendu un doigt, puis une main puis un bras, elle a tenté une caresse puis deux et Mihail a fait un très grand sourire...

Et j’ai su que c’était lui...

Alors j’ai examiné Sacha. Même technique, m’a-t-il semblé, mais Marie-Anne n’était déjà plus disponible, sans doute moi non plus. Sacha était vraiment très pâle avec presque une cyanose péribuccale tant sa peau était transparente, un peu plus hypotonique, enfin, moins tonique et il ne souriait pas, suivait mal des yeux ...
Mais s’il avait été seul ? ?  Il eût été parfait ! !

CHOISIR, pourquoi fallait-il choisir et sur des critères aussi ténus et aussi subjectifs que l’apparition du sourire à 5 semaines chez un nouveau-né pas du tout stimulé ou sur une petite hypotonie chez un bébé anémié qui venait de se réveiller…

Mais il fallait se dépêcher, les médecins avaient autre chose à faire et nous étions attendues au bureau de l’adoption pour les papiers.

Alors, j’ai dit à Marie-Anne :
« Ces deux bébés sont tous les deux en très bonne santé,  tu fais comme tu veux » (technique, technique).
Les yeux de Marie-Anne se sont mis à briller (poussière ?) et sa voix tremblait :
«  Oui mais, toi, qu’est-ce que tu penses ? »

La technique a ses limites, j’ai respiré un grand coup, j’ai empêché ma voix de trembler et j’ai répondu en essayant de sourire gaiement :
«  Je crois que pour conduire un tracteur dans des champs de ciboulette il faut être très costaud, et Mihail est vraiment très costaud ».

Marie-Anne a parue très soulagée, son visage s’est détendu, s’est éclairé, elle a pris Mihail dans ses bras et l’a câliné...doucement, timidement, maladroitement, avec beaucoup de précautions et d’étonnement comme toutes les Mamans, la toute première fois.

Moi, j’ai pris Sacha dans mes bras et, bêtement, très bêtement, je lui ai demandé pardon (dans ma tête) et je lui ai expliqué qu’on ne savait jamais comment était le chemin qu’on n’avait pas pris. Que peut-être, quand il aurait six mois, une dame voudrait faire de lui son enfant,. . Que, au moins lui,  il resterait dans son pays. Enfin, j’essayais de me dire que je ne l’avais pas moi aussi abandonné.

Nous avons laissé le bébé de Marie-Anne dans son lit.
Il fallait maintenant faire tous les papiers en Transnistrie, il faudrait ensuite les faire authentifier en Moldavie.
Nous avons couru toute la journée de ministère en ministère, de bureau en bureau.
Si les aberrations et les incohérences des systèmes administratifs peuvent avoir un maximum, il est sans doute atteint en Moldavie ! !
Nous avons attendu pendant des heures dans des antichambres ou encore assises sur le trottoir devant le ministère de la santé, pour se réchauffer au soleil.

Marie-Anne pensait sans doute à son bébé.

Moi, j’essayais de n’y pas penser : très tonique, d’accord, mais pas un peu trop ? et cette trémulation du menton à 5 semaines ? oui mais il avait peut-être froid,  oui mais les  souffrances cérébrales des hypoglycémies néonatales...d’accord mais même s’il avait été son enfant biologique il aurait pu faire, même en France, des hypoglycémies... ah ! tu n’as pas mesuré le PC. quel oubli ! oui mais si tu ne l’as pas mesuré c’est parce que rien ne t’alarmait, pourtant  t’as pas trouvé les sutures un peu trop palpables ?... oh ! zut, tu as oublié le ressaut...aucune importance ça, ça se soigne, et puis d’abord Marie-Anne est Bretonne alors ...t’es sûre que tu l’as bien ausculté ?
et Sacha pourquoi il avait cette petite cyanose ? pourquoi t’es partie ? pourquoi t’as pas essayé de voir si on pouvait lui faire un vrai bilan, bon tu verras ça avec le médecin tout à l’heure.
Et l’adoption c’est quoi finalement ? et adopter un enfant à l’étranger ... et toutes ces « taxes » à payer, tous ces «  laissez-passer » ça commence où le marché d’enfants étrangers ?... oui, mais, chez nous aussi on paye des timbres fiscaux et des droits d’enregistrements etc...d’accord, mais pas directement au ministre ... encore que...bon.... chez nous aussi on prend parfois le dossier sous la pile pour le mettre dessus...mais cet enfant, Mihail, d’abord il a pas été fait pour être adopté, sa mère l’a réellement abandonné, t’as même vu le papier, et alors... ça prouve quoi ? oui, mais Marie-Anne n’a pas donné d’argent alors...et d’abord pourquoi on veut tous ou presque des enfants ?... Oh là là ! ! ! Stop ... tu lis maintenant ... enfin tu essayes... parce que le seul livre que tu aies dans ton sac c’est un truc de psy et c’est « l’enfant déprimé » .... il ne manquait plus que ça.

Parties à 4 heures nous sommes rentrées à Chisinau à 21 heures mais notre conductrice avait fait quelques siestes pendant nos démarches.

Les jours suivants j’ai paisiblement poursuivi ma mission avec Christiane : les consultations, les conventions, les distributions de médicaments, la visite de Chirac et  Kouchner... etc...

Marie-Anne a poursuivi la sienne, celle qu’elle s’était fixée : faire de cet enfant son enfant, à elle et à Gilles, son mari.

Christiane et moi, quand on la retrouvait à l’appartement, le soir, on essayait de la faire rire, on l’obligeait à manger un peu, en bref : on faisait la poussière ....

Je suis repartie à la fin de la semaine. J’emportais dans mon sac un tube de sang de Mihail : Marie-Anne voulait que les sérologies soient refaites en France. Lubie de femme enceinte ou de mère inquiète. Il faut toujours essayer de les satisfaire si ça peut canaliser l’angoisse.

Marie-Anne a pu récupérer Mihail une semaine plus tard et l’a ramené avec elle en Moldavie.
Bébé- ciboulette a dormi, enfin, dans le lit de sa Maman.

Et Mihail est devenu Jean-Marie.

Mais ce n’est pas si simple. Et probablement il vaut mieux.
Marie-Anne a encore affronté les méandres inexplicables de l’administration et des lois moldaves pendant....2 mois et demi...
Des papiers encore des papiers, des tampons encore des tampons, des certificats vrais et un peu moins vrais mais pas tout à fait faux, des commissions, c’est à dire des réunions et aussi d’autres commissions : des dollars mais très raisonnablement pour les « taxes ».

Beaucoup d’autres ont participé à la naissance de Jean-Marie.
D’abord il y avait eu Michel qui, avec Sophie, avait réussi à faire prendre l’avion de Moldavie à Marie-Anne (qu’il ne connaissait absolument pas) avec pour tout papier son permis de conduire ! (son passeport étant bloqué sur quelque bureau d’ambassade).
Il y a eu Eric qui, le jour de son départ en Moldavie, a retiré une très grosse somme d’argent sur son compte pour la prêter à Marie-Anne qu’il ne connaissait pas non plus.
Il y a eu l’ambassadeur de France en Moldavie et le personnel de l’alliance Française qui ont toujours soutenu Marie-Anne dans ses démarches, il y a eu Sophie, à son téléphone si souvent pendant le séjour de 3 mois de Marie-Anne (et Sophie avait oublié que la Moldavie n’est pas un département français : France Télécom le lui a rappelé !), il y a eu Serge, Efresinia et Lilia .
Il y a eu ... Il y a eu...

Il y a eu surtout et avant tout Marie-Anne  et sa détermination, sa patience, son intelligence pragmatique, sa force morale.

 Juste Marie-Anne et son désir d’enfant ... pour elle et pour Gilles.

Partie le 24 Août, Marie-Anne, avec Jean-Marie, a retrouvé Gilles à l’aéroport de Nantes le 15 novembre, ( je crois qu’il y avait beaucoup de poussière dans cet aéroport, ce jour-là).

La ciboulette a-t-elle, pour elle, tout à fait  la même couleur qu’avant ? 

En tout cas pour moi : si la saveur de l’avocat me ramène au Pérou, celle du cumin en Egypte celle de la citronnelle en Thaïlande et d’autres saveurs en d’autres lieux ...eh bien celle de la ciboulette me renvoie, et c’est moins classique, en ...Transnistrie.

Comment sera épicée ta vie à toi ? 

                          
Bonne chance, petit Jean-Marie

Catherine Salinier

La vie

La vie est succession d'instants évanescents
Certains
Pour nous
Marqués d'une sublime beauté
La vie est enrichie par ces magiques moments
Croisées du quotidien et de l'éternité

Christian Navarro

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