Et pourtant au début j'étais contre
Congrès de Siem Reap Mars 2005 « Et pourtant au début j’étais contre !…. Catherine Salinier Il y a 2 ans, sur un ton confidentiel, Michel Bardainne m’a parlé de son projet d’un «congrès humanitaire» au Cambodge. Il a dans ce pays des attaches affectives pour avoir rencontré, lors d’un voyage privé, une ONG locale s’occupant d’enfants orphelins avec laquelle il a crée un partenariat avec sa ville de résidence. Michel a toujours cette allure de savant cosinus quand il expose un embryon de projet. J’ai dit «oui c’est une bonne idée» mais plus pour lui faire plaisir que parce que j’en étais persuadée … Comment ?? Les pédiatres qui boudent les congrès, qui ont si peu de temps pour leur loisirs personnels, si peu d’argent pour des voyages lointains, si peu d’ardeur pour les actions humanitaires (PDM « tourne » avec seulement une poignée de pédiatres, toujours les mêmes à peu prés), vont-ils répondre à ce projet ? Comment ?? Associer le tourisme à l’action humanitaire ? Antinomie ? Pieuse excuse ? ….TransMed de l’humanitaire cela me semble saugrenu voire choquant ! L’argent est si « cher ». Nous en savons quelque chose nous qui, à PDM, faisons des prouesses pour trouver le moindre budget. Et là, dans ce projet, on va dépenser ( gaspiller ?) des sommes astronomiques à l’échelle des besoins d’une ONG locale… Comment ?? Au Cambodge, dans ce pays où l’enfant est laissé pour compte voire la cible de réseau de prostitution, où la corruption règne, nous allons, nous, pédiatres français soutenir le tourisme avec le prétexte de travailler en causant doctement de questions humanitaires ensoutien à l’enfant en danger !! Comment ?? Qu'iraient donc faire dans un pays asiatique corrompu des pédiatres inscrits dans la culture occidentale et déjà si préoccupés par leur métier avec si peu de temps à donner à l’Autre ?
J’ai du mal à suivre ….à cautionner …mais Michel est encore une fois convainquant : Ses objectifs précisés sont très clairs: - Sensibiliser et commencer à former les pédiatres français à l’action dans les pays en développement en leur proposant 3 jours de congrès sur ce thème en « échange » de 3 jours de tourisme dans un site prestigieux , s’il en est , celui des temples d’Angkor, le tout sous caution professionnelle ( formation oblige ). - Faire ça au Cambodge, justement a plus prés des enfants en difficultés. - Dégager de cette opération des bénéfices au profit de l’ONG locale que Michel et son association soutiennent et de l’hôpital de la ville qui accueillera le congrès. Michel en parle à François Vie Le Sage, Président de PDM. Je connais peu Michel mais je reconnais la qualité de son travail à l’AFPA depuis 10 ans qui impose confiance en lui. Alors je « suis pour voir » comme on plonge au poker. Et …vogue la galère. Après quelques déconvenues de réalisation pratique qui retardent le congrès d’un an les choses se mettent en place. Je suis un peu sollicitée pour le montage scientifique, très peu, François travaille seul, mais mes quelques idées sont retenues, ça motive. Nous sommes deux, Dominique et moi. Partir travailler en mission humanitaire seule ne me pose aucun problème mais là en congrès touristico-humanitaire j’ai envie d’être deux : il nous reste, après le travail, si peu de temps ! Et, à deux, c’est cher. Cependant je me suis engagée ….. J’étais invitée cette année à aller aux JTA (pour la première fois après 24 ans d’installation !), il s’avère possible de détourner l’avion des Antilles vers le Cambodge, on supprime les vacances de Noël, on supprime les vacances de ski et hop …le compte est bon !
Le départ approche …..le départ arrive …. Nous verrons au moins le Cambodge et le Vietnam à défaut d’action humanitaire ! Pour une fois, depuis 10 ans que nous donnons, Dominique ( trésorier consciencieux de PDM ) et moi, de notre temps, beaucoup de notre temps, de notre argent, beaucoup de notre argent, pour les actions de PDM ….oui pour une fois, nous allons cesser de nous flageller sur l’autel de la misère du monde et prendre des vacances avec caution humanitaire officielle donc vacances bénies de bonne conscience judéo-chrétienne….Non ce n’est pas si simple : j’en suis toujours au même questionnement : ou c’est humanitaire ou c’est vacances : dans l’un et l’autre je suis à l’aise mais dans l’amalgame je me perds et me torture consciencieusement ( la conscience donc !) !! Heureusement les scrupules ne résistent pas à l’altitude : l’avion décolle et c’est le bonheur …..bonheur des départs, le bonheur de la distance mise avec le quotidien, le bonheur de la joie de revoir les amis d’ailleurs, le bonheur de partir avec les amis d’ici sous d’autres cieux que les nôtres …..Ah, le voyage et ses vertus ! Au bout il y a le Cambodge sous le soleil, les sourires des enfants nous accueillant à l’aéroport, les sourires donnés, les sourires reçus, les orchidées offertes qui survivront longtemps dans le verre à dents de l’hôtel ! Et puis il y a eu le congrès. Cette formidable cohésion des pédiatres attentifs et intéressés. Ces sujets nouveaux et passionnants. Ces orateurs passionnés aux expériences multiples et enrichissantes….Ces hommes et ces femmes sortis des rails, qui ont donné une autre dimension à leur vie ….PDM en bonne place à la mesure du chemin parcouru en dix ans … ce n’était pas la Transmed …..je n’y suis jamais allée mais ce n’était pas comme on me l'a décrite …. Et puis il y avait les soirées, les pots interminables dans le hall de l’hôtel, Dominique au piano, où, même épuisés, on ne pouvait se séparer, les parties touristiques en bus, régression de collégiens, les amitiés qui se nouent, qui se précisent sous d’autres cieux. Fenêtre ouverte sur un possible parcours parallèle pour certains ….Confirmation d’un choix timide pour d’autres …. Ce congrès avait une âme. L’âme de l’AFPA était présente à Siem Reap ! O combien ! Les objectifs de départ sont TOUS atteints : - Oui l’économie du pays a tourné grâce à nous, venus en nombre, nous avons loué les infrastructures locales, nous avons acheté en commerce équitable la soie tissée par des ateliers d’une ONG. Pas toujours certes : beaucoup de chemises achetées sur le marché ont peut-être une origine moins louable mais Paris ne s’est pas fait en un jour …..Nous avons assisté à des spectacles d’enfants d’ONG, mangé dans des restaurants d’Ong …..
Que ferons-nous de tout cela ?…. Mais comment avancer bien si on ne se questionne pas ?
C’est ce qu’a fait Michel. Bravo et Merci mille fois à MICHEL BARDAINE d’avoir eu cette idée et de l’avoir faite aboutir Merci à François, à Colette et à tous ceux qui l’ont entouré et aidé. Catherine Salinier |