L' ODEUR de L' AUTOCAR

Sophie Orion


Mai 2001

Si on y réfléchit bien, tout commence dans l'autocar.

Tout, c'est d'abord tout ce qu'on laisse, toutes ces mille petites choses, petites ou pas petites, persos ou professionnelles qu'on a réglées ou pas réglées avant de partir ,en se disant .." Mais au fond, qu'est ce que je vais foutre en Moldavie ?
...etc. etc."

Et puis on se retrouve dans l'autocar.

Enfin… juste avant de monter dedans, on le voit,

placide,

comme un autocar à un arrêt d’autocar...
L’autocar, c'est ni un bus, ni un tram, c'est un autocar.

Alors…  on  monte dedans.

et on retrouve l'odeur.

Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué  l’odeur de l'autocar.

La première fois on fait pas attention, peut être à cause des mille autres petites choses.

Et puis,  les fois d'après, on la retrouve, l'odeur,  intacte.

L’odeur de l’autocar, c'est l'odeur de l'autocar,

L'odeur de l'autocar, c’est déjà la Moldavie,

comme un curieux mélange de phéromone et de spiruline,

comme un truc qui calme et  sérénise et où la tendresse peut s'installer.

C’est, à ce moment là, qu’une dame, l’hôtesse,  vous offre un bonbon.

Ça veut juste dire que l'autocar va décoller.

Et même si on ne prend pas le bonbon, l'autocar décolle.

… 3 heures de route et l'odeur qui devient l'odeur.

Alors, on prend son livre.

Et dans mon livre y avait écrit, (pas au début, mais à la page 47) :

Ici où m'entoure un pays, sur lequel passent les vents venus des mers, ici je sens qu'à ces questions et à ces sentiments qui ont dans leurs profondeurs une vie propre, personne nulle part ne saurait apporter de réponse, car même les meilleurs se fourvoient dans les mots lorsqu'ils ont à faire entendre du très subtil, du presque indicible.

Mais je crois néanmoins que vous n'aurez à rester sans solution si vous vous en tenez à des choses semblables à celles où mes yeux maintenant se récréent.

Si vous vous en tenez à la Nature, à ce qu'il y a en elle de simple , de petit, que presque personne ne voit et qui, sans qu'on y prenne garde, peut devenir le grand, l'incommensurable; si vous avez cet amour de l'infime, et si vous essayez tout simplement, en serviteur, de gagner la confiance de ce qui a l'air pauvre: alors tout vous deviendra plus facile, plus cohérent, et en quelque sorte plus conciliant, non , peut être, pour l'intelligence qui, étonnée, reste en arrière, mais dans votre conscience la plus intime, dans votre être éveillé, dans votre savoir.

Vous êtes si jeune, vous êtes avant tout commencement, et je voudrais, aussi bien que je le puis, vous prier d'être patient envers tout ce qu'il y a d'irrésolu dans votre cœur et d'essayer d'aimer les questions elles- mêmes comme des chambres fermées, comme des livres écrits dans une langue très étrangère.

N'allez pas chercher maintenant les réponses qui ne peuvent vous être données, puisque vous ne pourriez pas les vivre.

Et il s'agit de tout vivre. Vivez maintenant les questions. Peut être en viendrez- vous à vivre peu à peu, sans vous en rendre compte, un jour lointain, l'entrée dans la réponse….

C'est à ce moment là, que la dame qui file des bonbons est revenue avec un plateau repas et un double Cabernet que j'ai bu cul sec,

 histoire de …

Noroc !   Comme ils disent là bas.

Après, je me suis faite une copine d'autocar, une moldave, étudiante en littérature à ...Grenoble et qui rentrait enterrer son père.

Après j'ai dormi.

Au réveil, j'étais en Moldavie.

Alexis, Marie, Gab. et  Nathan étaient à l'aéroport.

Ça m’a fait plaisir de les revoir.

La Moldavie sentait bon ce printemps que je n'avais pas encore eu le temps de goûter en
France.

Ensuite Michel est apparu.
Nous sommes allés au restau, histoire de fêter le 8 mai qui en Moldavie tombe le 9.

C'est aussi cela la Moldavie.

Le lendemain, j'ai commencé à bosser au lit du malade et au malade sans lit.

Le surlendemain, Jean Luc est arrivé et on a continué à bosser ensemble.

Musique !

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