Organisation de la santé
de l'enfant et de l'adolescent
Texte collectif élaboré par les Membres du Bureau de PDM
Eric Boez – Guy Moyat – Catherine Salinier – François Vié Le Sage
Mars 2005
Place de la médecine de l'enfant dans l'action humanitaire
Urgence – Développement – Précarité
Place de l'enfant dans le besoin humanitaire
Une interrogation sur le moteur de recherche le plus connu pour ‘humanitaire et enfant » retrouve 2 310 000 réponses… et 2 400 000 pour « ONG et enfant »….
L’être humain sera d’autant plus victime de conditions de vie difficiles qu’il sera lui-même déjà fragile. C’est en cela que les enfants sont les premières victimes de toutes les situations de guerre, de catastrophe, de désordre économique majeur et de sous développement. Précarité et malnutrition touchent tout d’abord l’enfant avec comme conséquences : aggravation des maladies infectieuses, retards de croissance et de développement intellectuel et affectif, détresse psychosociale comportements déviants, utilisations déviantes de l’enfant : travail infantile, maltraitance, délinquance, violence, enfants soldats, toxicomanie, exploitation et sévices sexuels, prostitution, voire ventes d’organes. La liste des maux qui peuvent atteindre l’enfant et l’exploitation qui en est souvent faite par les adultes est sans limite.
Chez l’enfant, qui est un être en croissance tant physique qu’intellectuelle et affective, les séquelles de telles catastrophes individuelles sont souvent définitives, et vont compromettre l’harmonie de son développement en adulte. Ces situations, qui atteignent le plus souvent les populations infantiles d’un pays en difficulté, engagent ainsi de manière péjorative l’avenir de celui ci.
La déclaration de Genève en 1924 avait déjà reconnu les droits de l’enfant. La Convention des droits de l’enfant devra cependant attendre le 20/11/1989 pour être promulguée et sera signée par la France le 26/1/1990. La loi instituant un défenseur des enfants sera publiée en mars 2000.
Malgré ces avancées « législatives » le site du Défenseur des enfants signale que « chaque année, douze millions d'enfants meurent victimes de la rougeole, de pneumonie, de diarrhée et autres maladies. Ce fléau pourrait être évité par la vaccination, les antibiotiques et la réhydratation. Mesures d'hygiène, eau potable, alimentation suffisante, allaitement maternel devraient permettre de sauver de nombreuses vies »
En France même, un rapport de février 2004, émanant du CERC (Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale), indique, qu'un million d'enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté. (Site du défenseur des enfants). Certaines ONG estiment par ailleurs à plusieurs milliers le nombre d’enfants des rues en France.
Nécessité de la présence pédiatrique dans l’humanitaire
La pédiatrie est une approche médicale et psychosociale spécifique, concernée et compétente de cette tranche d’âge.
Précarité en France
Les pédiatres et les professionnels de l’enfance sont concernés directement par cette situation de l’enfant. Les pédiatres institutionnels (PMI, médecine scolaire) sont confrontés directement à ces problèmes. Les hospitaliers plus ponctuellement et les pédiatres libéraux moins fréquemment.
Les structures sociales, le SAMU social et certaines ONG (MDM) ont mis en place des actions complétant ou suppléant les actions institutionnelles débordées par les besoins. Dans ces actions typiquement humanitaires les pédiatres doivent s’impliquer. Le retard à l’accès aux soins pour ces populations augmente la gravité et le coût de la prise en charge des pathologies rencontrées d’autant que la réforme de l’AME rend plus difficile ce même accès.
Pour les situations d’urgence entraînant une situation de catastrophe sanitaire,
la nécessité d’une présence pédiatrique initiale est souhaitable et plus spécifiquement orientée vers la réanimation. Par contre ,après cette période d’urgence le risque infectieux, la malnutrition secondaire, l’éclatement des familles, les troubles psycho-affectifs, la prise en charge des naissances en période de grande précarité imposent une présence pédiatrique qui va se prolonger dans les actions de développement ultérieures .
Développement
C’est dans les actions de développement, en matière de santé de l’enfant et de la famille, que les pédiatres trouvent au mieux leur place spécifique et s’investissent le plus durablement : soins primaires et prévention, hygiène et éducation à la santé, malnutrition, vaccinations, lutte anti infectieuse, périnatalité, néonatalogie, puériculture, prise en charge du handicap, institutions pour enfants (orphelinats etc…), troubles sensoriels, lutte contre les « tradithérapies » néfastes, les sévices « culturels » (excision…), voire des actions non directement liées à la santé mais qui ont des répercussions directes sur l’état de santé : accès à l’eau, à l’école, au jeu, régulation du travail infantile, parrainages etc.…
Place des pédiatres dans les ONG françaises non spécifiques
MDM : J. Mamou, pédiatre libéral à Aubervilliers, en a été récemment président. Aucune évaluation possible : les pédiatres n’y sont employés que comme médecins généralistes….
MSF :
Handicap International : la spécificité de cette ONG lui fait peu rechercher la compétence pédiatrique (actuellement une seule pédiatre mais qui n’est pas employée sur cette étiquette).
Croix Rouge française : président actuel, pédiatre : JF Mattéi
Ordre de Malte
UNICEF
Le paradoxe est donc que, alors que l’enfant semble une préoccupation majeure de l’aide humanitaire, les pédiatres trouvent peu leur place au sein des ONG majeures ou bien ils la trouvent en ne faisant pas état de leur compétence spécifique.
Les pédiatres semblent par contre très présents sur le terrain dans les microprojets de nombreuses petites ONG issues de la société civile française.
Place des ONG s’occupant de l’enfant dans l’ensemble des ONG
Pédiatres du Monde est une ONG créée par le groupe d’action humanitaire de l’AFPA et parrainée par la SFP. C’est à notre connaissance la seule ONG créée à l’initiative de la communauté pédiatrique. Elle regroupe actuellement une trentaine de pédiatres français libéraux et hospitaliers actifs.
Elle a pour vocation de sensibiliser les professionnels de santé de l’enfant à la pratique humanitaire et de leur permettre concrètement d‘apporter leur aide et soutien aux médecins de l’enfant de pays en difficulté dans leur mission professionnelle. Elle est ainsi engagée directement dans l’action de soins et de formation. Celles ci se font sur un certain nombre de principes :
- Besoin exprimé par une population « bénéficiaire » par l’intermédiaire de structures associatives locales ou par les médecins locaux
- Réalité des besoins exprimés et évalués selon les méthodes de santé publique lors de missions d’évaluation de pédiatres de PDM et discutés en groupe.
- Elaboration de programmes en accord avec les recommandations des structures institutionnelles d’entraide nationales et internationales (PECO, TACIS, ECHO …)
- Recherche de financements institutionnels et privés.
- Partenariat avec les associations et les professionnels de santé du pays concerné.
- Passage progressif de la gestion aux bénéficiaires.
Depuis 10 ans
Moldavie : Action de formation et de soin dans les domaines suivants : Handicap – Néonatalogie - Enfants sourds - Renutrition en institution – Mucoviscidose - Neuro-pédiatrie en collaboration ou avec le soutien du MAE français, de l’UNICEF, de l’Europe (ECHO), de Pharmaciens sans Frontières.
Népal : Soins primaires dans une vallée du Solu Khumbu.
Sri Lanka : Participation au collectif Asie Enfants isolés, programme financé par la Fondation de France pour la réhabilitation de la pédiatrie de l’hôpital de Kilinochchi (zone tamoul),programme actuellement suspendu pour des raisons de sécurité.
Cambodge : Programme d’accès à l’eau dans la région de Siem Reap et soutien à l’Angkor Hospital for Children.
Maroc : Missions de dépistage des pathologies dans un canton rural en collaboration avec le CHU de Marrakech.
PDM est aussi très impliqué au niveau formation
- Congrès de pédiatrie en Roumanie.
- Elaboration, édition (3000) et distribution du guide des protocoles d’urgences pédiatriques pour la république de Moldavie
- Création de la Maison de l’Enfance à Chisinau : lieu de formation en pédiatrie et en kinésithérapie de l’enfant (UNICEF, MAE)
- Congrès de neuro pédiatrie de Chisinau (Moldavie) avec l’Université de Chisinau
- Congrès de Pédiatrie de développement en collaboration avec l’AFPA et la participation du Défenseur des Enfants à Siem Reap (Cambodge) : enfants des rues, éthique, géopolitique humanitaire, infectiologie, rencontres avec les ONG…
- Organisation de tables rondes et d’ateliers dans les congrès de pédiatrie francophones, publications de documents de réflexion sur l’éthique, l’action et la participation des populations etc…
PDM se forme
Ateliers de réflexion, de formation ou d’information vis à vis de l’action humanitaire dans chaque congrès AFPA.
Certains membres ont suivi les cours du DIU de médecine humanitaire ou assistent à des formations ponctuelles.
Outre PDM, l’AFPA humanitaire regroupe d’autres groupes de pédiatres libéraux impliqués dans d’autres ONG comme Jérémi - Dijon et Jérémi- Rhône Alpes : PMI, SIDA, maladies respiratoires au Burkina Faso et à Madagascar, ainsi que les Lampions (Viet Nam) etc…La confraternité pédiatrique permet des échanges permanents d’expériences et de compétences.
L’Association des juniors en pédiatrie, qui regroupe les pédiatres en formation, souhaite s’impliquer dans ce type d’action pour des raisons éthiques individuelles. Il faut, en outre, remarquer que l’action humanitaire représente pour les juniors comme pour les seniors un lieu de formation privilégié.
En matière de précarité en France même, l’implication des pédiatres est à notre connaissance faible. Les différentes recherches effectuées dans ce domaine ont été peu efficaces. Les structures sociales ont leur propre organisation. Les actions du type MDM- précarité sont limitées géographiquement (banlieues des grandes villes). Les pédiatres eux même se sentent malheureusement assez peu concernés : ces populations viennent rarement dans leurs cabinets. Les pédiatres qui veulent s’impliquer dans l’action humanitaire en France, devraient réfléchir à une implication auprès de MDM ou d’autres ONG françaises travaillant sur place et proposer un peu de leur temps et de leurs compétences à ce type d’action. L’humanitaire est plutôt perçu comme un besoin des pays en voie de développement ou meurtris par la guerre ou des catastrophes naturelles et pas une nécessité en France (structures sociales paraissant « suffisantes »). Ceci est bien sûr regrettable et il y a certainement un effort à faire, des bonnes volontés à regrouper et des structures à aménager.
Place de l’humanitaire dans la pédiatrie française
Initialement la «vocation pédiatrique » tout autant que la « vocation médicale » incite à l’action humanitaire. Pendant longtemps l’engagement des pédiatres s’est fait individuellement à des périodes particulières de leur vie professionnelle : pendant l’internat ou bien à l’âge de la retraite au moment où « l’on a le temps ». Une démarche comme celle de PDM permet par contre, de plus en plus, aux actifs, libéraux ou hospitaliers, de s’investir dans ce domaine dans des missions relais de courtes durées qui ne mettent pas en péril le fonctionnement de leur cabinet ou de leur service, ou simplement…leur vie familiale.
La vie associative des groupes s’effectue en communication permanente (Internet) et cela leur permet de participer toute l’année aux missions depuis la France et d’être ainsi rapidement efficaces une fois sur le terrain. Cette démarche s’oppose au premier abord à l’organisation des ONG « classiques » dont les missions s’appuient essentiellement sur des « expatriés » plus ou moins professionnels de l’humanitaire et restant sur place de nombreux mois. En fait ces deux démarches sont parfaitement complémentaires.
Les sociétés savantes comme la SFP et l’AFPA y portent leur soutien complet. Ceci permet de recruter les compétences, d’avoir un appui scientifique de haut niveau, d’être perçu, localement comme auprès des institutions nationales et internationales, comme des professionnels compétents. Ce type de dynamique permet de dépasser l’action humanitaire pour évoluer vers un véritable partenariat avec les professionnels locaux dans un esprit de coopération et d’enrichissement mutuel.
Le pédiatre doit être partout où est l’enfant souffrant.
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