Parrhésie pédiatrique pour hubris étatique  

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Dr Christian Navarro

Septembre 2008

 

La pédiatrie est une spécialité. C'est la spécialité consacrée à l'enfant. A l'enfant uniquement, à l'enfant intégralement, à l'enfant entier. Nous pourrions dire, en utilisant un oxymore, que la pédiatrie est une spécialité holiste.

Pour pouvoir assurer sa spécialité le pédiatre doit bénéficier d'une formation médicale durant onze années, dont quatre consacrées uniquement au développement de l'enfant et aux problèmes pouvant survenir pendant toute cette évolution, de la naissance jusqu'à l'âge adulte.
L'enfant n'est pas un adulte miniature. Ce qui peut sembler un aphorisme a longtemps été ignoré, et reste encore incompris par certains. Pourtant il n'y a pas de parallélisme entre les affections de  l'adulte et celles de l'enfant et l'on ne peut extrapoler des unes aux autres. Un enseignement médical qui ignorerait ceci et ne traiterait que de la santé de l'adulte n'aurait aucun sens. Il ignorerait la part la plus importante de la vie, celle qui est en perpétuelle transformation, celle qui est la plus fragile, celle de l'enfant, celui, qui comme son nom le dit, ne parle pas, celui qui ne peut donc se défendre.
Oui, il faut cinq années d'enseignement  spécialisé pour former un pédiatre. Et l'on voudrait nous faire croire qu'un médecin généraliste aurait les mêmes compétences. Sans oublier que ce médecin aurait aussi les compétences des gynécologue, dermatologue, gériatre...et de quelques autres.
Tous les autres médecins spécialistes reconnaissent leurs insuffisances pédiatriques et la nécessité de faire appel aux connaissances du pédiatre.
Alors, comment des responsables politiques, comment des responsables d'administrations publiques, tels ceux du Ministère de la Santé ou encore ceux de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie,  peuvent-ils ne pas comprendre de telles évidences ?

Il a été montré et démontré, et c'est évident pour toute personne qui réfléchit un peu, que l'absence de prise en charge pédiatrique coûte cher à la société. Et non uniquement en termes de souffrance physique ou morale, pour l'enfant et sa famille, mais aussi en termes pécuniaires, frais de soins mal adaptés, frais d'hospitalisation et bien entendu frais liés à l'absence d'une bonne prévention, d'un dépistage précoce et ceux liés aux séquelles qui n'auraient pas dû exister. Comment ces personnes que nous avons déjà citées au paragraphe précédent peuvent-elles ne pas en tenir compte ? Quel mystère pourrait expliquer leurs choix responsables d'une telle gabegie ?
Le pédiatre est indispensable dans tout pays développé. Quant aux pays moins développés économiquement, ils seraient fort heureux d'avoir des effectifs pédiatriques supérieurs à ceux que leur économie ou leurs gouvernants leur permettent.

Le pédiatre est le défenseur des enfants, certes. Il est déjà, a priori, celui qui connaît le mieux les diverses difficultés auxquelles sont confrontés les enfants et bien entendu leurs familles. Un très grand nombre d'affections pédiatriques demeurent des énigmes pour les non pédiatres. Enigmes qui justifient pourtant dépistage, bilans et traitements. Que signifie SHU, syndrome de Wiedemann-Beckwith, ou syndrome de Rett ? Comment prendre en charge une athyroïdie, une phénylcétonurie, une drépanocytose, un syndrome d'Alport, un stridor ou une éruption morbiliforme ou même un purpura rhumatoïde ? Il serait difficile d'être exhaustif dans l'établissement de la longue liste de situations que nous prenons en charge quotidiennement mais  qui laissent nos confrères, ce qui est normal,  dans l'interrogation totale.
Comment faire comprendre que c'est justement la connaissance de ces pathologies pédiatriques qui évite les examens complémentaires inutiles et coûteux, qui évite également l'encombrement des services hospitaliers d'urgence ? Les responsables de la CNAM ne connaissent-ils pas la différence de coût entre une consultation chez un pédiatre libéral et un passage, inutile, dans les services d'urgences ?

Nous n'évoquons même pas la néonatologie qui ne peut être assurée par nul autre médecin non pédiatre. Cette évidence aura cependant nécessité une grève dure pour que les responsables de la santé en prennent conscience. Il serait bien que les mêmes mécanismes discursifs les aident à comprendre les dangers des retards de décisions pour la prise en charge des urgences pédiatriques.

Il est tout aussi clair que les compétences du pédiatre ne se manifestent pas seulement face aux problèmes apparemment organiques. Elles interviennent bien entendu dans la reconnaissance et la prise en charge adaptée et précoce des difficultés relationnelles, ou sensorielles ou affectives ou encore psychologiques des enfants. Les interventions pédiatriques sont également nécessaires pour l'élaboration de politiques de dépistage et prévention.

Oui, le refus des responsables de la santé de notre pays de voir les catastrophes auxquelles nous conduit leur politique dépasse largement la mesure.
Nous pouvons penser que cette hubris étatique est inconsciente mais il est certain qu'elle renvoie à une notion d'incompétence sévère.
Nous pouvons espérer qu'un franc-parler pédiatrique, pour dire cette démesure du Ministère de la Santé et de la CNAM, conduise à une véritable réflexion sur l'importance de la pédiatrie et à la prise rapide de mesures correctives dans l'intérêt des enfants, futurs adultes et citoyens.


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Ce sujet peut sembler loin des préoccupations des Pédiatres du Monde, mais pourtant cette hubris concerne tous les Pédiatres de France.  Elle est bien aussi l'affaire de PDM.

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