Préparation d'un Programme Humanitaire

 

Mission exploratoire

&

Elaboration d'un progamme humanitaire

 

Dr Christiane Weisbecker

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 NAISSANCE D'UN PROGRAMME 

1- MISSION EXPLORATOIRE

La durée d’une mission exploratoire varie de 10 jours à 3 semaines, suivant

      1. la connaissance qu’on a du pays  et  de la situation au départ.
      2. les conditions d’accès au pays.
      3. les conditions de sécurité à l’intérieur du pays

Elle doit être effectuée par un team de 2 spécialistes médicaux à orientation pédiatrique mais aussi logistique, expérimentés, ayant une solide expérience de terrain, des capacités d’analyse et de synthèse associées à un sens critique développé, un sens des relations publiques, la connaissance correcte d’une langue de communication (langue du pays, anglais etc…) et  d’une bonne connaissance du fonctionnement d’un programme humanitaire.
Cette étape est primordiale : au retour, l’ébauche du programme doit déjà être prête à être finalisée  avec tous les éléments collectés avant le départ et  sur le terrain.

Les missions exploratoires ne sont jamais financées par  les bailleurs de fonds.

Etape préliminaire en France

 Elle optimalise les étapes sur le terrain et fait gagner un temps précieux. Elle s’appuie sur :

La recherche documentaire
Presse : Supplément du monde diplomatique, Courrier International, Express, le Point, le Figaro, le Nouvel Observateur etc..
Centres de documentation informatique des Nations Unies (UNICEF,  OMS, HCR, PAM, PNUD).
Centre de documentation des organismes internationaux : Croix rouge, MSF, MDM, GTZ  (German. Technische Zusammen-Arbeit…) Actaid, Fondation SOROS, Save the Children, CARE, France Liberté…
Ministère des  affaires étrangères et de la coopération
Les études sociologiques, ethnologiques (CNRS) et politiques (institut de sciences politiques) concernant le pays.

Des contacts officiels
Représentations diplomatiques en France et à l’étranger. (France, Union      Européenne, pays concerné)
Organismes et ONG travaillant déjà dans le pays.

Des contacts officieux
avec des membres de la diaspora ou de communautés immigrées en France.

Etape dans la capitale du pays

Elle permet de vérifier  les informations collectées avant le départ, et nécessite des rencontres avec :
Les autorités gouvernementales du pays (Ministère de la santé, Ministère des affaires sociales, responsables pédiatriques hospitaliers et universitaires…)
Les représentations diplomatiques françaises et européennes.
Les agences des nations unies : UNICEF,  OMS, HCR, PAM, PNUD…
Les ONG ou associations françaises, étrangères ou locales en relation avec le projet pédiatrique  à cibler.

Ces rencontres permettent d’évaluer la faisabilité du projet, la compatibilité du projet avec les plans et les priorités du pays hôte, d’obtenir  l’intérêt ou l’accord des responsables administratifs nationaux, d’identifier les programmes mis en œuvre par d’autres intervenants pour agir en complémentarité avec ceux-ci. Il est très utile de prendre les rendez-vous à l’avance autant que faire se peut, si un contact existe déjà dans le pays.

Photographie d’une situation

Coordonnées des personnes,
Dates et durée des rencontres

          Commentaires et conclusions
Eventuellement  signature d’accords

Ministère de la santé
et /ou représentant local

Ministère des affaires sociales
et /ou représentant local

Autre ministère (économie, coopération..)

Collectivités locales

Ambassade de France

Union Européenne

Organisations internationales

UNICEF, OMS, PAM, HCR, PNUD

ONG étrangères

ONG locales

 

 

Etape sur la zone proprement dite

C’est le  moment le plus important de la mission exploratoire. Elle permet de vérifier la réalité de la situation. Ce sont les informations collectées sur place auprès des médecins, des spécialistes médicaux et des  autorités locales, mais surtout directement auprès de la population, qui permettront à la fois de déterminer l’engagement d’une action mais aussi sa faisabilité en fonction des besoins réels ou ressentis.
Les informations recueillies, complémentaires des étapes précédentes, sont d’ordre

- politique
-
socio-économique
-
démographique
-
nutritionnel
-
sanitaire

1-Organisation du système de santé
  1. Pyramide sanitaire et système de référence pédiatrique.
  2. Couverture sanitaire en structure et en personnel comparée aux besoins exprimés.
  3. Programmes nationaux et applications locales (protection maternelle et infantile, médicaments essentiels, tuberculose, SIDA, paludisme, maladies infectieuses et parasitaires, digestives, broncho-pulmonaires, dermatologiques…).
  4. Disponibilité des médicaments dans les structures de soin.
  5. Accessibilité aux soins de la population.
  6. Type de système de santé (public, privé, couverture sociale).

2-Indications démographiques et sanitaires

- Type d’habitat, hygiène du milieu, conditions de vie.
- Nature de la population : sédentaire, nomade, réfugiée, déplacée.
- Situation de conflit éventuel.
-
Taux de chômage officiel et officieux (ONGs).

-   Mortalité  maternelle, néonatale, infantile et principales maladies (incidence, prévalence).

- Population totale et proportion des moins de 15 ans.
-
Taux de fécondité et de natalité.
-
Enfants à risque.
-
Taux de couverture vaccinale.

3- Indications nutritionnelles
  1. Accès à l’eau potable et quantité disponible.
  2. Disponibilité alimentaire.
  3. Taux et type de malnutrition infantile

Pour obtenir des réponses fiables à ces questions, il est nécessaire de  rencontrer différents acteurs pédiatriques  de santé et des membres des populations concernées.
Les réponses de groupes ne sont pas semblables aux réponses individuelles : il est très utile de rencontrer des personnes de différents milieux sociaux dans leur environnement quotidien.

Problèmes de santé exprimés

Solutions suggérées

        Par les populations
(indiquer le nombre de personnes rencontrées, le type de communauté concernée : village, patients d’un dispensaire ou d’un hôpital).

Questions
Quels sont les problèmes collectifs de santé ?

Quelles sont les populations les plus particulièrement concernées ?

Quelles sont les solutions proposées par les populations ? (individuellement ou en groupe)

Quels sont parmi les 3 problèmes prioritaires allégués ceux qui mériteraient la note la plus élevée ? (problèmes de santé qui laissent le plus d’enfants handicapés, problème de santé qui entraînent le plus de décès ; ceux qui ont les conséquences les plus importantes sur la structure familiale et sociale, etc.…)

Par les professionnels de santé
(indiquer le nombre de personnes rencontrées, les différents acteurs locaux concernés : institutions, hôpitaux, dispensaires 

Questions
Quels sont les problèmes collectifs de santé ?

Quelles sont les populations les plus particulièrement concernées ?

Quelles sont les solutions proposées par les acteurs de santé ? (individuellement ou en groupe)

Synthèse

Isoler les déterminants qui influencent la santé de la population concernée.

Spécificités locales sur le plan géographique, historique, sociologique, culturel, technique, législatif, économique, sanitaire….

Quelles sont les solutions proposées en tenant compte des différentes informations : éléments favorables en regard des solutions,  obstacles, réponses existantes, partenaires locaux potentiels.

 

A la fin de cette partie, les indicateurs perceptuels sont précisés. Ils seront comparés aux indicateurs officiels du pays et aux statistiques recueillies auparavant. Il arrive fréquemment que les problèmes prioritaires de santé soient ressentis différemment par les populations, les personnels de santé et les responsables administratifs du pays.

Au terme de cette enquête se dessineront  des objectifs pédiatriques prioritaires, auxquels s’ajouteront les observations personnelles de l’équipe de PDM.  Ne pas oublier que le ressenti des populations prime sur tout autre discours. 

2 - ELABORATION DU PROJET DE MISSION

Le diagnostic de santé étant terminé, il reste à élaborer un projet de mission en tenant compte des compétences spécifiques des membres de PDM.

Il faudra :

Préciser les objectifs de la mission,

en tentant de quantifier  ces objectifs afin de permettre l’évaluation initiale et finale (exemple nombre d’enfants à traiter, buts à atteindre dans la prise en charge des enfants handicapés, diminution des infections digestives et de la malnutrition /assainissement des puits etc.)

Définir une stratégie d’action,

qui tienne compte des obstacles culturels et politiques, limitation due à la géographie et aux moyens de communication, au climat. Exemple : intervenir directement au nom de PDM sur un projet  spécifique (handicap, sanitation, formation, apport de médicaments et de matériel médical etc..) ou soutenir les structures sanitaires dans le pays d’accueil, ou encore travailler en partenariat avec une autre association… Ce type de choix stratégique de départ conditionnera en grande partie l’acceptabilité du projet par les autorités et la population locale, gage de sa réussite ou de sa pérennité.

Fixer des activités précises

Soins curatifs.
Formation des personnels locaux.
Activités de prévention.
Evaluation et supervision des différentes activités.
Organisation de réunions internes  sur le terrain.
Coordination avec les autorités locales et les ONG internationales sur place.
Communication interne  au sein de PDM et avec les médias.

Recenser les moyens nécessaires à la mission

      Moyens humains
Nombre de médecins et de soignants
Moyens logistiques
Personnel local (pédiatre, traducteur, chauffeur, gestion de stock...)
Moyens matériels
Bureau local, avec matériel de bureau : téléphone, ordinateur avec périphériques, mobilier et  consommables.

Construire un budget et ses modalités de financement

Personnel : expatriés, pédiatres ou personnel médical en mission, personnel local.
Aide médicale : médicaments, matériel médical, aide alimentaire,  consommables.
Aide non médicale : matériels, équipement et produits divers : achats locaux éventuellement.
Logistique : transport jusqu’au pays, dans le pays, véhicules, carburants, stockage, radio et télécommunication.
Administration (coordinateur)
S’instruire pour cela auprès des ONG expérimentées déjà présentes sur le terrain.

Assurer un calendrier de réalisation

Calendrier de réalisation de travaux.
Planning des équipes.
Suivi de monitoring pour vérifier le bon déroulement des missions.

Permettre une évaluation finale

Celle ci est exigée par les bailleurs de fond ainsi que par les partenaires locaux et internationaux. Longtemps sous estimée, cette étape est l’un des pivots centraux de la mission.

Annexe

Collecte des informations logistiques (1)

Informations logistiques

Réponses

Conditions d’entrée dans le pays
Air route mer
Tarifs des vols internationaux vers la capitale, distance aéroport-base, facilités d’accès.
Type de visa exigé (tourisme ?)
Etat des routes ? Check points ?
Existence d’un réseau téléphonique ?
Climat
Us et coutumes (religion, habitudes vestimentaires)
Adresses utiles (ambassade de France, ministère de la santé, des affaires étrangères, ONG, où se faire enregistrer.
Autres

 

 

Collecte des informations logistiques (2)


Informations pratiques

 Réponses

1-  Salaires
Salaires mensuels moyens locaux (médecin, infirmière, secrétaire)
Secteur privé médical s’il y a lieu.
Salaires mensuels moyens : médecin, infirmière, secrétaire, interprète/ ONG
2-  Enregistrement des ONG
Documents nécessaires au dépôt du dossier ? A quel ministère ?
3- Lieu d’implantation du projet : Hôtel ? Location de maison ? Tarif des restaurants ? Stockage ?
4- Prix  de base : pommes de terre, riz, spaghettis, viande, sucre, huile, farine et pain, (au détail et à la tonne pour certains produits)  savon, carburant
5- Habitudes alimentaires : valeur calorique des produits locaux (biscuits protéinés, farines, lait…)

 

 

                                     Véhicules : conduite et sécurité
Vérifier la validité et la teneur de votre assurance sur place (filiales ?)  Préférer autant que possible un chauffeur local.
Eviter de conduire la nuit.
Conduisez portières verrouillées.
Tarif d’un véhicule local ? Entretien ? Carburant ?

 

                                   Reignements bancaires

Quelles devises sont acceptées facilement ?
Cartes de crédit couramment acceptées ?
Existe t-il un marché parallèle illégal (taux pratiqué, change, autres produits) ?
Possibilité d’ouverture de compte : nom et adresse de la banque sélectionnée. Travaille –t-elle avec une banque française ?
Possibilité d’ouvrir un compte en € ?  US $ ?, monnaie locale ?
Le retour des fonds en France est -il possible ?

                                              Programme médical 

Traitements 
Liste des médicaments locaux (se référer à l’OMS).
S’informer sur la provenance des médicaments locaux.
Habitudes de prescriptions locales.
Fabricant local de savon, de désinfectants (eau de javel…).
Réglementation liée à l’importation.

Accès et qualité de l’eau 

Existence d’un réseau de distribution collectif ?
Puits : accès, profondeur, qualité de l’eau, propreté des puits et alentour ?
Existence de rivières, lacs, mares, barrages ?  Propreté ?
Sanitation : évacuation des eaux usées ? Existence de sanitaires ? De quel type ?  Descriptif ?
Moyen d’élimination des déchets ?  Egouts ? Fosses septiques ?

Réhabilitation de locaux

Etat des lieux succinct.
Devis si possible.
Schéma.

 

Conclusion 

Les 2 personnes effectuant la mission exploratoire  travaillent de concert  et doivent régulièrement recouper leurs informations. Il faut être conscient que le travail demandé, s’il est relativement lourd, est le garant de la bonne efficacité de la  rédaction, donc de son acceptation,  puis de la mise en place  et de la réalisation d’un programme.
L’accord tacite mais surtout écrit des autorités locales doit être acquis.
Ne pas oublier que le but ultime reste le bien être de  l’enfant malade ou en difficulté et de sa famille.

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