ARRÊT CARDIO-RESPIRATOIRE
DEFINITION
Arrêt soudain de la respiration et de la circulation : on parle d’arrêt circulatoire et non cardiaque (les bruits du cœur et l’activité électrique cardiaque n’ont pas d’importance) si le débit sanguin cérébral est interrompu .Chez l’enfant à la différence de l’adulte, l’arrêt respiratoire est souvent initial et l’arrêt circulatoire secondaire.
TABLEAU CLINIQUE
- Absence d’activité respiratoire
Même après libération des voies aériennes le sauveteur
- N’entend pas le moindre bruit respiratoire
- Ne perçoit aucune chaleur de l’air expiré
- N’observe aucun mouvement thoraco-abdominal
- Absence d’activité hémodynamique
Le sauveteur ne palpe aucun pouls
- Ni carotidien
- Ni fémoral
- Ni huméral (le plus accessible chez le nourrisson)
- Absence d’activité cérébrale:
L’enfant est dans un coma total (score de Glasgow – 3) – voir coma
LA CONDUITE DE LA RESSUSCITATION CARDIO-PULMONAIRE
Elle est:
- Elémentaire, en dehors de l’hôpital; les premiers soins, qui pourraient être accordés par tout sujet compétent.
- Spécialisée, à l’hôpital
Toute ressuscitation cardio-pulmonaire comporte toujours 6 étapes qui doivent être réalisées dans l’ordre:
A – libération des voies aériennes,
B – ventilation artificielle,
C – circulation artificielle par le massage cardiaque externe (MCE),
D – administration de médicaments,
E – défibrillation électrique,
F – réanimation post-arrêt cardiaque qui vise spécialement la récupération des fonctions cérébrales.
- La RCP « élémentaire » associe
A –Libération des voies aériennes
- Manœuvre hyperextension de la tête/antépulsion de la mâchoire inférieure: d’une main, rejeter modérément la tête en arrière, tandis que deux doigts de l’autre soulèvent le menton en avant.
- Manœuvre : luxation antérieure de la mâchoire inférieure : les deux mains du sauveteur agrippent les branches montantes de la mâchoire inférieure et ouvrent la bouche d’un mouvement de rotation vers l’avant.
- Elimination d’un éventuel corps étranger: chez le jeune nourrisson par l’administration de grandes claques dorsales, chez le jeune enfant par la manœuvre de Heimlich (l’enfant est embrassé par le sauveteur qui se trouve derrière l’enfant et effectue une pression forte et brutale avec les bras sur la région abdominale de l’enfant).
B – Ventilation artificielle "au bouche-à-bouche"
- Tout en maintenant l’ouverture des voies aériennes,
- Le sauveteur prend une bonne inspiration,
- Accole hermétiquement les lèvres sur:
- La bouche d’un grand enfant, tout en pinçant le nez
- La bouche et le nez d’un petit enfant
- et insuffle lentement (en 1 à 1,5 secondes) avec une assez faible pression (20 cm H2O), afin de prévenir une distension gastro-intestinale qui empêcherait toute ventilation.
- Il doit impérativement, d’un coup d’œil latéral, s’assurer que le thorax se soulève.
C – Circulation artificielle par MCE
Technique
Nouveau-né et nourrisson: les deux mains encerclant le thorax, les deux pouces croisés l’un sur l’autre, comprimant fermement la partie inférieure du sternum.
Enfant: les deux paumes appuyées l’une sur l’autre, bras du sauveteur tendus, comprimant fermement le sternum, le dos de l’enfant reposant sur un plan dur.
Dépression thoracique ferme (2-4 cm).
Temps de compression: 50% du cycle.
Rythme: 140/mn (nouveau-né), 120/mn (nourrisson), 100/mn (enfant).
MCE est toujours associé à la ventilation artificielle: alternant une insufflation avec 5 MCE.
- La RCP "spécialisée" associe toujours
A – La libération des voies aériennes
Par la même manœuvre, hyperextension de la tête / antépulsion de la mâchoire inférieure” tant que l’enfant est ventilé manuellement sur masque facial (sinon cette dernière est inefficace).
En fait, seule l’intubation endo-trachéale (par voie nasale ou buccale) permet l’ouverture constante des voies aériennes et par conséquent une ventilation bien plus efficace. Elle nécessite par contre:
- Une certaine habitude pour que le geste soit réalisé rapidement
- Utilisation d’une sonde de calibre approprié, à une profondeur adéquate (cf. tableau).
-
Age (poids) |
Diamètre interne (mm) |
Profondeur (cm) |
Nné < 2 kg
2-4 kg
> 4 kg
1-6 mois
6-12 mois
18 mois
3 ans
5 ans
7 ans
9 ans
12 ans
16 ans |
2,5
3,0
3,5
3,5
4,0
4,0
4,5
5,0
5,5
6,0
6,5
7,0 |
8-9
9-11
12-13
12-13
14
15
17
19
21
23
25
27 |
Deux formules pratiques:
- Diamètre interne (mm) = (Age (mois) / 16 )+ 4 (> 2 ans)
- Profondeur (cm) (pour intubation nasale)
14 + âge (ans) (avant 10 ans)
12 + âge (ans) (entre 10 et 16 ans)
7 + poids en kg (avant 12 mois)
B – La ventilation artificielle:
- Par ventilateur manuel: modèle “enfant” si le poids est moins de 15 kg, modèle “adulte” si le poids est plus de 15 kg;
- Si l’enfant est ventilé sur masque facial on applique des insufflation lentes ( 1-1,5 s) et de faibles pressions ( 20 cm H2O), , afin d’éviter la survenue d’une dilatation gastrique qui empêcherait toute ventilation efficace , à raison d’une insufflation alternée toute les 5 MCE
- Au contraire, si l’enfant est ventilé sur tube trachéal, des insufflations rapides et des fortes pressions (30-50 cm H2O), coordonnées (une insufflation alternée toutes les 5 MCE) avec le MCE (puisqu’un facteur important du débit artériel au cours de la RCP semble être l’élévation de la pression intrathoracique).
Chez le sujet intubé : pose d’une sonde gastrique pour vider l’estomac et améliorer la compliance ventilatoire.
C – Circulation artificielle par MCE
- Elle est réalisée comme au cours de la RCP élémentaire
D – L’administration des médicaments
Est essentielle pour la reprise d’une activité cardiaque et d’une hémodynamique spontanée.
1. Adrénaline (le seul médicament considéré utile indépendamment de la cause)
Mode d’administration de l’adrénaline:
- Voie endotrachéale profonde, par une sonde d’aspiration endotrachéale, suivie de 4-5 ventilations manuelles (la voie endotrachéale est immédiatement disponible, puisque la ventilation sur tube est le geste prioritaire de la RCP spécialisée). Doses: 0,1 mg/kg toutes les 15-30 minutes.
- Administration par voie veineuse (probablement plus efficace): 0,01 mg/kg, ultérieurement 0,1 mg/kg toutes les 5 minutes: on utilise des seringues auto-injectables immédiatement prête à l’emploi (Système Min-I-jet) 10 ml = 1 mg (1 ml = 0,1 mg); ou la solution d’adrénaline de 0,1% est diluée 1:10, en obtenant la solution de 1:10000, qui est introduite initialement à la dose de 0,1 ml/kg, ultérieurement 1 ml/kg toutes les 5 minutes.
- On peut utiliser aussi autres modes d’administration:
- Chez le nouveau-né – cathéter veineux ombilical.
- Chez le nourrisson ayant une fontanelle perméable (0 à 9-12 mois): cathétérisme du sinus veineux longitudinal.
- Chez l’enfant plus grand: cathétérisme veineux sous-clavier, de la veine jugulaire interne (plus difficile à effectuer en cours de ressuscitation cardio-pulmonaire) voire fémorale (théoriquement moins préférable). Le mieux est d’utiliser un cathlon de taille suffisante (20-18 G) pour mettre en place ultérieurement un cathéter central par la méthode de Seldinger dans de meilleures conditions d’asepsie.
- Intraosseuse
2. Si bloc auriculo-ventriculaire complet avec dissociation auriculo-ventriculaire:
- Atropine 0,01-0,02 mg/kg/dose en i/v (maximum 1-2 mg)
ou Isoprenaline 0,1 mg/kg/min en perfusion = une ampoule est diluée en 250ml solution saline isotonique et à adapter pour augmenter la fréquence cardiaque au delà de 60 battements par minutes sous monitoring cardiaque.
- Bicarbonate de sodium si acidose grave (pH moins de 7,2): l’administration est délétère pour la réanimation neurologique. S’il est administré, il ne doit être jamais utilisé en première intention, sans une ventilation alvéolaire associée efficace; simultanément il serait idéal de déterminer les gaz du sang artériel (et non pas veineux), administration en perfusion lente, ne dépassant pas 1 mEq/kg toutes les 10-15 minutes .
- Solution de chlorure de calcium à 10%: injection lente de 0,2 ml/kg de CaCl2 à 10% = 20 mg/kg de CaCl2 = 5,4 mg/kg Ca++.
Serait délétère pour la réanimation neurologique, n’est pas effectif à l’exception du cas particulier de hyperkaliémie franche (plus de 7-8 mEq/l), responsable de troubles de rythme (type: tachycardie ventriculaire).
- L’administration de sérum glucosé serait aussi délétère pour la réanimation neurologique hormis le cas particulier d'hypoglycémie grave (nouveau-né), qui réclamerait un bolus de 0,2 g/kg (0,2 ml/kg de solution de glucose de 10%), suivi d’une perfusion de 0,3-0,5 g/kg/h de glucose.
E – défibrillation électrique (choc électrique externe) – en cas de fibrillation ventriculaire (rare) = 2-4 Joules/kg.
L’efficacité de la réanimation sera jugé selon:
- La présence du pouls carotidien ou huméral régulier, non synchrone au MCE, qui permet la suspension du MCE, mais son relais au moindre fléchissement de la circulation.
- Expansion régulière et symétrique du thorax, recoloration rapide des lèvres.
- Récupération de la conscience.
EXAMENS COMPLEMENTAIRES
ECG
Gaz sanguins
Radiographie du thorax
Monitoring cardio-respiratoire continu
Si possible, l'efficacité de la réanimation pourrait être vérifiée en utilisant :
Doppler, capteur fixé par un sparadrap sur une artère humérale et radiale.
Détermination de la pression artérielle sanglante, lorsqu’une voie artérielle était en place avant l’arrêt cardiaque.
Capnographie, montrant une élimination de CO2 proportionnelle au débit pulmonaire spontané ou généré par la RCP.
La ressuscitation pourrait être interrompue dans les cas suivants:
- L’ECG reste nul ou est caractérisé par de rares complexes élargis au bout d’une heure après le début de RCP,
- Absence de récupération neurologique avec mydriase fixe depuis plus d’une demi-heure. (Se méfier de la mydriase secondaire à l’administration d’adrénaline)
Par contre, si le patient récupère sur le plan neurologique ou se trouve protégé par une hypothermie, on est incité à poursuivre. Certains malades ont été sauvés après 45-60 minutes de RCP effective.
Cas spéciaux: noyade, hypothermie et intoxication par les dépresseurs du SNC – dans ce cas la RCP prolongée pourrait être effective même en l’absence de signes de récupération.
Après avoir réussi les manœuvres initiales de ressuscitation on essayera d’établir la cause de l’arrêt pour prévenir la récidive:
CAUSES LES PLUS FREQUENTES
DE L’ARRET CARDIO RESPIRATOIRE
- Enfant non-ventilé
*Arrêt respiratoire:
Les causes
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L’affection responsable
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- Détresse respiratoire “épuisée”
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Détresse néonatale, bronchiolite, laryngite, asthme |
- Pneumothorax
ponction pleurale |
Asthme bronchique |
- Corps étranger trachéal
|
Syndrome de pénétration |
- Décubitus dorsal
|
Epiglottite, le syndrome Pierre-Robin |
*Arrêt cardiaque:
- Troubles de rythmes
|
Cardiopathie, hyperkaliémie |
- Insuffisance cardiaque aiguë
|
Myocardite, cardiomyopathie |
- Tamponnade
>>> ponction péricardique |
Péricardite, cathéter |
*Détresse neurologique
- Hypertension intracrânienne
|
Tumeur, état de mal convulsif, infections de SNC |
- Hématome extra- ou sous dural
ponction sous durale |
Traumatisme cérébral |
- Mort subite
|
|
*Troubles métaboliques:
- Hyperkaliémie |
Insuffisance rénale aigue |
- Hypocalcémie |
Rachitisme |
- Hypoglycémie |
Nouveau-né |
- Enfant ventilé (monitorage préventif par oxymètre, capnographie).
Au niveau du ventilateur:
- Coupure air, O2, électricité.
- Panne du ventilateur
- Problème sur le circuit du patient: tuyau déconnecté, rempli d’eau...
Mesures urgentes - Débrancher l’enfant du ventilateur, ventiler à l’Ambu avec 100% O2.
Au niveau de l’enfant:
- Sonde d’intubation coudée, obstruée, trop basse...
- Extubation accidentelle,
- Pneumothorax.
Ampliation thoracique, auscultation, radio de thorax en urgence.
F – La réanimation post-arrêt cardiaque et neurologique.
Tout enfant ayant eu un arrêt cardiaque doit être transféré en réanimation pédiatrique par une ambulance ou une équipe d’urgence après une mise en condition comprenant l’intubation et la ventilation mécanique et une voie veineuse solide et bien fixée ; pour la surveillance et le traitement ultérieur de l’enfant en fonction de la cause.
La réanimation neurologique a pour buts de:
- Tenter d’éviter les conséquences néfastes d’une hypertension intracrânienne (de l’œdème cérébral, qui survient après une anoxie prolongée)
- Apprécier les chances éventuelles et la réalité d’une récupération neurologique.
- Préparer éventuellement la famille à accepter la réalité d’une "mort cérébrale”, voire d’un don d’organes.
La réanimation neurologique repose sur:
- Un excellent contrôle de l’hémodynamique avec maintien de la pression artérielle dans une zone normale ou supra-normale.
- Un contrôle aussi bon que possible de la pression intracrânienne par:
- restriction hydrique: environ 2/3 des besoins normaux pour l’âge,
- hyperventilation modérée contrôlée : mesures ultérieures voir coma.
- Le but étant de maintenir un débit sanguin cérébral de survie.
CONCLUSION
Les résultats de la RCP étant directement proportionnels à la durée présumée de l’arrêt cardiaque avant la mise en œuvre d’une RCP efficace, tout doit être fait pour une intervention précoce et organisée. |