Editorial

Entre maladresse et ingérance … 

Catherine Salinier

 

Il était là, au premier rang, altier et hautain. Très chic : costume, chemise blanche impeccable et cravate. Dès que j’ai commencé à parler du haut de l’estrade, à deux mètres de lui, pour faire le cours dont j’étais chargée, il a ouvert tout grand le journal du jour et l’a lu, ostensiblement, en tournant fort les pages, pendant toute la durée de mon exposé.

C’était une fin de journée harassante, en août. Dans la chaleur nous avions déchargé un camion de trente cinq tonnes de cartons de médicaments et de matériel médical. Nous faisions la distribution des fauteuils roulants, les premiers à jamais avoir existé dans ce pays. Quand j'ai donné celui destiné à son enfant myopathe cette femme a été terriblement déçue et est partie sans un regard, sans un merci, parce qu’elle l’avait imaginé électrique....

Dans notre programme, financé par une grande institution internationale, il est prévu l’installation, l’équipement et l’aide au fonctionnement d’un centre de référence concernant la prise en charge de l’enfant. Nous avions toutes les difficultés possibles à trouver un local pour accueillir ce centre au point que le bailleur de fond menaçait de clore le programme si nous n’y parvenions pas dans un délai qu’il fixait court. Aucune autorité locale, ni même le ministre de la santé, sollicité, n’a trouvé la moindre salle à nous proposer, ni dans un hôpital, ni dans une université alors que, dans ce pays exangue, tant et tant de locaux de l’Etat sont vides et à nos yeux si facilement accessibles gratuitement pour une institution locale bienveillante. Nous avons dû chercher inlassablement et finalement trouver un local, notre local, à un prix locatif exorbitant payé par notre programme.

Nous allons là-bas former des professionnels de la santé, remettre au goût du jour occidental leurs compétences. Nous les enseignons bénévolement alors qu’il faut les payer pour assister à nos cours et que cette rémunération fait partie du budget de la mission. Ils assistent las et résignés, pour la plupart, à nos formations mais s’animent, motivés au moment de la paye...

La plupart des professionnels avec lesquels nous avons collaboré dans les toutes premières missions, qui se sont montrés accueillants, ouverts et actifs à nous aider ont émigré. Ils ont quitté ce pays qu’ils se disaient prêts à vouloir changer et à faire bouger avec notre aide qu’ils disaient bienvenue ...Ils l’ont quitté parfois en se servant de nous pour faire un stage en France et y rester ...

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