Je suis pédiatre, en poste à l’hôpital d’Évreux depuis plus de 25 ans.
Dès mon internat, j’ai souhaité découvrir la pédiatrie hors de nos frontières.
Ma première mission en Tanzanie avec Médecins Du Monde m’a beaucoup marquée : nous vivions sur deux planètes différentes, avec une terrible injustice dans la répartition des moyens et des richesses.
Je suis ensuite partie au Mali, puis au Cameroun, sur des missions de pédiatrie générale avec d’autres O.N.G., mais avec le sentiment croissant que mes compétences médicales, devenues trop dépendantes d’examens complémentaires inaccessibles sur place, n’étaient pas adaptées aux besoins du pays : les infirmiers, faisant fonction de médecins, étaient souvent beaucoup plus compétents que moi.
En France, je fais de la pédiatrie générale, avec une surspécialité en diabétologie pédiatrique depuis bientôt 30 ans.
Je suivais, de loin en loin, les activités de Pédiatres du Monde depuis sa création.
En 2021, j’ai appris la création d’une mission spécifiquement orientée sur le diabète de l’enfant, à la demande de l’association Chifaa, association de familles d’enfants diabétiques à Errachidia au Maroc.
Cette association marocaine était initialement demandeuse d’aide pour de l’Education Thérapeutique (quasiment inexistante sur place) puis de consultations médicales (du fait d’une pénurie médicale dans la région). Le profil de poste proposé pour cette mission me correspondait mieux que celui des autres missions de Pédiatres du Monde.
Depuis 2022, je suis donc partie cinq fois à Errachidia : même choc initial, tellement le fossé est immense… Dans nos pays riches, pompes et capteurs, administration semi automatisée d’insuline, tout se développe à une vitesse fulgurante. Dans la province d’Errachidia, 60 % des enfants sont encore traités par de l’insuline en mélange à la seringue, avec des insulines imparfaites qui ne sont plus utilisées en France depuis plus de 30 ans. Tout le matériel est à la charge des familles, en particulier pour la surveillance glycémique.
Ces difficultés d’accès aux soins, et la conséquence sur les résultats glycémiques, font craindre pour ces enfants la survenue plus rapide de complications du diabète.
Cette inégalité sidérante m’aide à prendre du recul sur nos pratiques en France : on oublie trop vite la chance que nous avons d’avoir une médecine de pointe, et gratuite.
A Errachidia, chaque consultation, chaque atelier thérapeutique, nous oblige à une réflexion médicale rigoureuse. Chaque mission nous questionne sur nos pratiques médicales, en France comme au Maroc, et nous oblige à nous adapter aux moyens locaux, dans le respect de la culture locale
Au fur et à mesure des missions, les liens se tissent avec les enfants, les adolescents et leurs parents, relations de confiance et de respect mutuel.
Avec des moments de grande satisfaction, quand les enfants ou les parents progressent dans la connaissance de leur maladie et gagnent en compétence. Mais également des moments de découragement auprès de certaines familles en grande précarité, pour lesquelles on a l’impression qu’on n’arrivera pas les aider.
La simplicité, la gentillesse et la reconnaissance des familles marocaines nous boostent.
Nadia SADKI, la présidente de l’association marocaine depuis 10 ans, est incroyable de dynamisme, de rigueur, et de générosité.
Notre travail est sans doute une goutte d’eau dans un océan d’injustice et d’inégalités… mais je pense qu’il a du sens et nous fait grandir.




